‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 51 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

heureusement ces qualités étaient viciées par de tristes faiblesses. Arnulf se vengea du comte d'Anjou en essayant d'assurer la couronne d'Angleterre à Etienne de Boulogne. 11 fut un des principaux personnages qui trompèrent le peuple anglais sur les dernières dispositions de Henri 1" ; il alla même jusqu'à vouloir flétrir odieusement la naissance de Mathilde, héritière légitime du roi défunt ( i i. 11 n'y réussit pas; mais comment l'homme qui a osé outrager publiquement l'aïeul et la mère de Henri II se trouve-t-il en 1154 un des conseillers les plus écoutés du nouveau roi d'Angleterre ? Comment l'homme qui n'a pas reculé devant un mensonge public et solennel pour dépouiller Mathilde, se fait-il l'auxiliaire du plus dévoué serviteur des Plantagenets ? C'est qu'il est politique, dans le mauvais sens du mot (2). Avec l'allure sinueuse du serpent, il sait passer alternativement d'un camp dans un autre, selon que lui paraît plus ou moins ouvert le chemin de la fortune. Ce n'est point un de ces scélérats dont le monde même a horreur; non, c'est un homme lettré, d'un commerce agréable ; un sage qui prodigue ses avis au Pape comme aux simples laïques ; ennemi des vérités trop nettes et des discours trop francs; prompt à s'entremettre, et né, pense-t-il, pour pacifier le monde. 11 commettra des infamies sans paraître s'en douter, toujours avec l'urbanité la plus parfaite, et au demeurant ne sera jamais utile qu'à la mauvaise cause en trompant les hommes de bien. Jean de Salisbury, qu'il persécutera, l'appellera « un marteau d'iniquité, levé « pour broyer l'Église de Dieu (3) »; parole de ressen-

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