‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 55 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'àme de Henri II, et le mettre en situation de protéger l'Église, au moins de la soulager si le joug royal s'appesantissait un jour sur elle. Il ne fallait pas moins que toutes les ressources d'un esprit tel que celui de Thomas Becket pour suffire à pareille tâche.

Tout dans le jeune roi faisait présager un règne important pour l'Angleterre et les pays réunis sous le même sceptre. Au physique, Henri II était doué d'une constitution robuste 1 1) ; stature moyenne, poitrine large et développée, membres nerveux et puissants. La tête était couverte d'une abondante chevelure de couleur rousse, qui encadrait dans trois lignes nettement tracées un visage aux traits énergiques et accentués. La physionomie du jeune souverain était plutôt enjouée, lorsque la colère ne l'agitait pas ; mais elle prenait une expression terrible pendant les accès de fureur qui étaient fréquents chez Henri II, et lui donnaient par moments les allures d'un insensé. Au moral, cependant, le fils de Geoffroy d'Anjou et de Mathilde n'était pas moins puissamment doué qu'au physique. De rares aptitudes pour les affaires de l'État, une intelligence vive et hardie, une souplesse de vrai diplomate, jointe à une persévérance obstinée, promettaient à l'Angleterre un chef et un roi. Henri en effet s'occupa toujours par lui-même du gouvernement de ses vastes états, où la diversité des races non moins que l'étendue des possessions aggravait singulièrement les difficultés ; mais avouons-le, il ne traitait point les affaires en la manière commune aux souverains. Jamais il ne s'asseyait; c'était toujours debout qu'il conférait avec les membres de son conseil, et pourtant les délibérations étaient parfois longues. S'agissait-il de négocia-

I. Pétri Blés, epist. ad Walterum, archiep. Panormit. « Benedictus ». Materials, t. vu, page 570. — Cfr. Joh. Sarisb. epist. ad episc. Pictav. « Grandis est >>. IbiJ., page 500.

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tions? Henri Plantagenet avait encore sa manière à lui. Il traitait à cheval; ou s'il mettait pied à terre, sa monture n'était jamais loin ; et pour tromper, pour intimider l'adversaire, un de ses moyens favoris était de simuler une brusque rupture en mettant le pied à l'étrier. Sa diplomatie avait pourtant d'autres ressources, étant d'autant plus fertile en expédients qu'elle prenait des libertés souvent grandes à l'égard des règles du droit, de l'honneur et de la loyauté.

On n'est point surpris que le jeune roi, doué comme il l'était, se montrât de suite homme de guerre et capitaine aussi redoutable que politique heureux. Une bonne partie de sa supériorité militaire était due à sa vigueur et à son activité personnelles. Fournissant aisément des chevauchées extraordinaires, il déroutait tous les calculs et tombait à l'improviste sur un ennemi qui le croyait encore loin. Gardant une défensive habile et prudente quand il n'était pas en forces, il manœuvrait, négociait en même temps, puis saisissait le moment favorable pour reprendre une offensive hardie qui décidait de la campagne.

Lorsque la guerre ne le retenait ni au nord ni au midi, Henri Plantagenet parcourait sans relâche ses vastes États, des frontières d'Ecosse aux rives de la Garonne, donnant comme en courant des ordres souvent pleins de prévoyance administrative et de sagesse politique.

A un prince déjà si puissant malgré sa jeunesse, que manquait-il donc? L'empire sur ses passions. La colère et la ruse, la haine et le mensonge, le libertinage et la cupidité, phalange horrible, mal contenue par une foi sans charité réelle, paralysaient en partie les qualités vraiment royales de Henri II. La colère surtout était chez lui un vice développé comme il le fut rarement chez un souverain, heureusement pour le monde. La

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