CHAPITRE VI
moindre apparence de résistance à une volonté, à un caprice, jetait le Roi dans des accès de rage voisins de la folie furieuse ; et pour comble de malheur, il était d'un caractère soupçonneux. Il faut en convenir, un tel maître était difficile à servir pour quiconque n'était pas disposé à faire bon marché du devoir et de la conscience. Pour servir utilement un prince qui avait le droit d'être exigeant, il fallait déjà des qualités peu ordinaires; mais ne point obéir aux passions du Roi sans néanmoins les irriter, c'était là le difficile problème, que Thomas Becket avait à résoudre pour répondre au vœu de l'Archevêque. 11 n'eut qu'une ressource : captiver l'amitié de Henri en le charmant. Là est toute l'explication de la conduite de Thomas Becket, de ses rapports personnels avec le souverain tels que nous allons les dépeindre, comme de son attitude à l'égard de l'Église ; et ce dernier sujet nous occupera ensuite.
Henri Plantagenet manifestait des goûts somptueux. Sa couronne était considérée comme la plus riche de l'Europe, et les comptes de l'Échiquier permettent de prendre quelque idée du luxe de la cour d'Angleterre (i). Nous y voyons quelles dépenses exigeait la table du Roi, sa couche, la tente ou pavillon qui le suivait d'ordinaire dans ses voyages, les harnachements de ses chevaux, enfin le soin avec lequel étaient entretenus ses palais qu'un ingénieur était chargé de visiter (2). Mais surtout la chasse, plaisir favori du prince, exigeait de grandes dépenses 131. Louvetiers, fauconniers^ veneurs, étaient payés largement, et résidaient un peu partout en Angleterre, veillant sur les daims de la New-Forest de Win-
1. Tlie great Rolls of thc Pipe, iiy^-ii^8 (Ed. J. Hunter, London 1844.', V^Z- 3^ 112, 113, 175.