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chester, et des ours importés dans les bois de Lincoln. L'oisellerie royale était, pour sa part, alimentée par de nombreuses redevances en éperviers et gerfauts. Tant de dépenses ne demeuraient pas inutiles ; Henri II aimait passionnément la chasse, et lorsqu'il ne faisait point campagne, il ne passait guère de jour sans aller en forêt. Thomas pouvait aisément manifester sur tous ces points les mêmes goûts que son royal maître ; et ce fut en effet par là qu'il commença à conquérir la confiance dont il avait besoin pour accomplir sa tâche en dépit d'innombrables obstacles.
Dès son entrée au conseil royal, le nouveau Chancelier se heurtait à mille difficultés qui ne provenaient pas toutes du caractère du Roi. Une fortune rapide, une élévation imprévue aux dignités de l'État, faisaient beaucoup de jaloux; et ceux-ci ne ménageaient guère Thomas auprès du souverain. D'autres ne pardonnaient pas à Becket une supériorité d'intelligence trop évidente ; n'y a-t-il pas partout des esprits étroits et mesquins ? La cour comptait encore des hommes tout nouvellement ralliés à la cause de Henri Plantagenet, lesquels avaient naguère servi sous les enseignes du roi Etienne. Maint baron de haut lignage en était là, et l'on peut aisément comprendre que Thomas n'était encore pour ceux-là qu'un ennemi de vieille date. D'autres personnages enfin redoutaient de trouver en lui un adversaire de leurs convoitises au sujet des domaines ecclésiastiques, peut-être un justicier qui châtierait des usurpations déjà consommées: au lendemain des époques de troubles, combien de consciences éprouvent pareille anxiété! Au total, Thomas Becket comptait autour du trône de nombreux ennemis, et parmi ceux-ci beaucoup de délateurs. Jean de Salisbury nous assure que cette sorte de gens étaient puissants à la cour d'An-
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gleterre ; il en faisait lui-même une dure expérience. Dès l'abord Thomas dut donc subir l'attaque de tant d'intérêts ligués contre son influence. 11 lui fallut plus que de la prudence et de la sagacité pour ne pas tomber dans leurs pièges; il lui fallut plus que de la fermeté pour lutter sans trêve contre une coalition qui à chaque instant revêtait comme Protée des formes nouvelles; il lui fallut enfin être aussi habile que fidèle à son Roi pour empêcher beaucoup de mal, ou du moins pour n'y pas conniver, sans que l'œil perçant de Henri II pût découvrir matière à un soupçon plus ou moins fondé. Nous saurons bientôt où le Chancelier puisait la lumière et la force pour parer à tant de dangers. Parfois cependant la lassitude et le dégoût le gagnaient. A l'Archevêque, son bienfaiteur, à quelques amis choisis et sûrs, il laissait voir ses larmes de découragement. Dans ces moments de tristesse, il avouait ne chercher qu'une chose : un prétexte plausible et honorable pour quitter la cour et le service du Roi. 11 avait assez d'expérience pour comprendre le jeu des divers intérêts qui animaient ses ennemis. Doué d'une perspicacité singulière (i), il voyait bien où Ton en voulait venir, et comprenait qu'après avoir triomphé des sourdes intrigues, il resterait toujours à livrer plus tard un combat terrible sur le terrain des droits de l'Église. Déjà certaines immunités étaient violées de tous côtés, par exemple celle du for ecclésiastique, contre laquelle les légistes de la cour menaient la guerre, au nom des droits de l'État (2) ; or le premier de ces apôtres du droit régalien était le Roi lui-même. Une guerre fastidieuse contre des ennemis masqués n'était donc que le prélude d'une lutte autre-
1. « Vir experientissimus, et bene solitus plus quam facile dici posset futura metiri. » (Johan. Sarisb. Vita S. TJiomœ).