‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 58 sur 294 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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ment redoutable sur des questions de la plus haute gravité. Il n'est que juste de reconnaître ce qu'une telle perspective offrait de décourageant. Heureusement les heures de tristesse ne se prolongeaient pas; le Chancelier reprenait courage et se remettait à la tâche. Elle consistait surtout à gagner la confiance du Roi. Nous dirons tout-à-l'heure comment Thomas y parvint par les services qu'il rendit en tant, qu'homme politique. Voyons dès maintenant en détail quels étaient ses rapports personnels avec Henri Plantagenet.

Thomas avait trente-sept ans lorsqu'il reçut le grand sceau ; Henri en avait vingt-deux à peine. A l'égard du jeune Roi, Thomas se montrait de plus en plus l'homme aimable et brillant que nous avons vu à la cour de Cantorbéry. Nous le savons, il ne lui en coûtait guère; depuis qu'il était attaché à la personne du souverain plus encore qu'auparavant, il paraissait oublier sa qualité de clerc, son caractère de diacre. Tout ce qui était au service du Chancelier était du plus haut prix. Thomas tenait table ouverte, et pour la fournir avec recherche il n'y avait dépense qui arrêtât ses officiers de bouche. Vêtements somptueux, vaisselle précieuse, mobilier splendide, tout était prodigué pour entourer le Chancelier d'un luxe égal à celui des plus puissants princes ; et d'autre part, la libéralité sans mesure, dont le goût était inné chez Thomas, se donnait dès lors libre carrière. Il ne se passait pas de jour que Becket ne fît quelque cadeau de prix. Une escadre de six vaisseaux était à sa disposition, pour les fréquents voyages que lui imposait le service du Roi ; mais dans ces occasions, prenait qui voulait passage à bord des navires du Chancelier. Quant aux matelots, ils étaient assurés d'avance de recevoir au port de débarquement telle gratification qu'ils pourraient souhaiter. Aussi ne man-

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qiiait-il pas de gens pour penser que la magie seule pouvait fournir de telles richesses au prodigue ministre.

Les passe-temps du Chancelier d'Angleterre étaient ceux des plus grands seigneurs, ceux pour lesquels il avait dès sa jeunesse témoigné le goût le plus vif. Lévriers, chiens d'équipage, faucons et gerfauts, étaient entretenus avec luxe et ne chômaient guère ; il semble même que Thomas eût pris ou reçu l'intendance des meutes royales (i). Pour se délasser cies soucis des affaires, s'il ne courait pas le cerf, il jouait aux dés, surtout aux échecs. En un mot, par ses divertissements comme par le faste de sa maison, le Chancelier affichait les goûts du plus brillant courtisan.

Mais si en cela il suivait une pente naturelle de son caractère, nous savons pourtant qu'il poursuivait aussi un but bien déterminé, conquérir la faveur du jeune Roi. Aussi Thomas savait-il se plier aux habitudes comme aux goûts de Henri Plantagenet. Il réglait ses heures sur celles du souverain, de manière à se lier de plus en plus avec lui (2) ; et le succès ne se fit pas longtemps attendre. Charmé de trouver dans son plus habile ministre un compagnon toujours prêt à partager ses plaisirs favoris, Henri accorda promptement toutes ses bonnes grâces à Thomas Becket. Le crédit du Chancelier auprès de son maître ne cessa dès lors de grandir, au point que Pierre de Celles appelait Thomas « le second du Roi en quatre royaumes (3). >> Les faveurs de tous genres s'accumulèrent sur sa tête. Successivement LIenri II lui conféra le commandement

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