CHAPITRE VI
Mais, avec la grâce de Dieu, jamais Thomas ne se laissa surprendre ; il évitait sans bruit le danger, puis passait, dissimulant sa peine. Henri ne comprenait pas, l'avenir nous le prouvera ; mais l'histoire nous a livré la clef d'un sanctuaire dont Thomas dérobait la vue aux hommes superficiels qui l'entouraient.
Et d'abord, nous venons de le dire, l'intégrité de sa vie ne souffrit aucune atteinte pendant tout le temps qu'il passa à la cour. Son confesseur, le prieur de Merton, put en rendre témoignage formel à un des biographes [i) ; même attestation fut donnée à un autre, par ceux qui avaient intimement connu Thomas et l'avaient servi pendant vingt ans et plus sans jamais le quitter 121. Une anecdote, recueillie par Guillaume de Cantorbéry et Garnier de Pont-Sainte-Maxence, confirmerait de tous points, s'il en était besoin, des assertions aussi autorisées.
Il y avait, en la ville de Stafford, une damoiselle nommée Avice, renommée pour sa beauté, mais non point malheureusement pour sa vertu ; l'on savait trop quelles relations existaient entre elle et le roi Henri IL Or, le Chancelier se trouvant dans le voisinage, reçut l'hospitalité chez un clerc nommé Vivien. Celui-ci eut bientôt remarqué que de fréquents messages arrivaient à son hôte de la part de damoiselle Avice, et il résolut de savoir ce que signifiait ce manège. Son principal souci, paraît-il, était de ne point encourir la colère du Roi en abritant sous son toit un rival. Une nuit donc,