‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 64 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le renom d'intégrité dont jouissait le Chancelier, en même temps qu'il nous apprend où celui-ci trouvait la lumière.

Le prieur de Cricklade, auquel le Thoiims Saga d'Islande doit la meilleure part de ses récits, nous dit qu'un de ses parents vint à la cour pour suivre une affaire qu'il avait fort à cœur. Comme tant d'autres solliciteurs, il voulait parler tout d'abord à Thomas Becket. Arrivé Londres trop tard pour aller aussitôt frapper à la porte du Chancelier, il attendit le lendemain. Le jour n'était pas levé qu'il se mettait en campagne, pressé d'atteindre son but. En approchant d'une église, non encore ouverte attendu l'heure très-matinale, il discerna aux lueurs incertaines de l'aube un homme enveloppé dans son manteau, prosterné sur le seuil du temple, et absorbé dans la prière. Immobile et silencieux, il observait le pieux inconnu, quand un malencontreux accès de toux le trahit. Au bruit, le dévot personnage tressaillit, termina incontinent son oraison en levant les mains au ciel, et disparut dans les dernières ombres de la nuit. Mais le solliciteur avait eu le temps d'observer son costume et sa démarche, se promettant bien de chercher à reconnaître le nocturne pèlerin. Dès l'aurore il frappa au palais du Chancelier. On l'introduisit sans retard ; mais quelle ne fut pas sa surprise? La taille, le port, le costume de Thomas, et jusqu'au manteau qu'il dépouillait à l'instant même, tout prouva au visiteur que l'inconnu tout-àl'heure prosterné devant l'église n'était autre que Becket, le puissant ministre du roi. Vivien, le clerc de Stafford, ne découvrait pas autre chose lorsqu'il s'avisait de vouloir pénétrer les plus intimes secrets de Thomas. Le voilà donc tout entier, ce Chancelier si brillant à la cour, si joyeux compagnon des jeux et des chasses du Roi! Sans doute, il accorde au monde plus que le monde ne peut

exiger de lui ; mais gardons-nous aussi d'oublier que rendu à lui-même, il donne ses nuits à Dieu, qu'il prie, qu'il veille, et qu'au sein même du faste il sait mater son corps, se montrer sobre, charitable envers ceux qui souffrent, et ne met son crédit qu'au service du droit.

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