‹ Saint Thomas de CantorbéryChapitre 66 sur 294 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

tion légalement attribuée au Chancelier, mais dans lesquels Thomas jcnie néanmoins un rôle. En relatant les faits de cette nature, les biographes sont affirmatifs, et nous fournissent des détails précis que nous n'aurons guère qu'à traduire. 2" Les faits qui se produisent au contraire sur un terrain légalement confié aux soins du Chancelier ; et ici les biographes se tairont presque complètement, comme s'ils eussent jugé inutile d'insister sur les travaux de Thomas dans un ordre de choses où chacun devait nécessairement voir sa main. L'oeuvre qui s'imposait avant toute autre à l'attention de Henri II, au début de son règne, était la pacification entière et durable du pays. Après les commotions qui avaient agité l'Angleterre pendant seize années entières, nulle restauration, nul progrès n'étaient possibles, tant que la paix ne serait pas solidement affermie. Avec son coup d'œil rapide, Henri Plantagenet avait, dès le premier moment, jugé urgente la démolition des innombrables châteaux élevés par les Flamands ou par d'autres chefs de bandes, sur tous les points du territoire. Il en avait fait une des conditions de l'accord conclu à Winchester avec le roi Etienne et les retards apportés par celui-ci à la réalisation de sa promesse avaient failli amener une rupture. On se rappelle quelle faute commirent les gens de Guillaume de Loo lorsqu'ils essayèrent de faire tomber le jeune duc Henri Plantagenet dans une embuscade, aux environs de Douvres. Aussi, à peine assis sur le trône et sacré par l'Archevêque-primat, Henri résolut-il de mettre à exécution ses projets contre les Flamands. Couronné le 19 décembre à Westminster, il présidait le jour de Noël une grande assemblée des barons d'Angleterre, à Bermondsey ; il annonçait publiquement le parti auquel il était fermement arrêté, d'expulser tous les étrangers, et de détruire les repaires où les ban-

dits s'étaient fortifiés. Une déclaration de guerre aussi nette fut accueillie avec joie par le peuple anglais, et la victoire en fut plus prompte. Voyant le roi si résolu, le sachant homme de guerre, appuyé, par les barons et par l'assentiment de la nation, les Flamands renoncèrent à la résistance. Guillaume de Loo, d'ailleurs, était devenu vieux et aveugle ; il sollicita du comte de Flandre l'autorisation de rentrer dans son pays natal pour y mourir en paix. 11 obtint ce qu'il souhaitait, quitta en pleurant la terre anglaise et sa retraite entraîna celle de ses compatriotes, qu'on laissa partir avec armes et bagages (i). A mesure que l'armée royale avançait, le flot des aventuriers se retirait devant elle. Il y eut pourtant des résistances isolées ; onze cents forteresses étaient condamnées à tomber, de par les décisions adoptées à Bermondsey (2) ; plus d'une se défendit ; mais les troupes du Roi prenaient partout l'avantage, démantelant et rasant tours et châteaux, à l'exception des places jugées utiles à la défense du pays. Le nouveau Chancelier dirigeait cette vaste exécution, qui ne demanda pas trois mois. Il appartenait, en effet, à Thomas de donner l'impulsion à une pareille œuvre de justice, qui devait rendre aux possesseurs légitimes les propriétés dont ils avaient été naguère évincés. Dans certains cas, les terres ainsi libérées de la domination étrangère devaient être attribuées à des maîtres nouveaux; ainsi les vastes possessions de Guillaume de Loo dans le comté de Kent furent-elles dévolues à la couronne (3). Dans tout cela, le Chancelier intervenait nécessairement. Mais il est certain que Thomas ne se contentait pas de rédiger des

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