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CHAPITRE VIII

POLITIQ.UE EXTÉRIEURE DU CHANCELIER (l 153-1162)

Lorsque Thomas Becket fut élevé à la dignité de Chancelier, le royaume d'Angleterre était dans une situation puissante à l'égard des autres nations ses voisines. Fortifié par l'accession des vastes états qu'Eléonore avait apportés en dot à Henri II, il était devenu pour la France un voisin redoutable. Le roi Louis le Jeune le sentait bien, surtout après avoir perdu son grand ministre Suger, mort depuis trois ans lorsque Thomas Becket entra sur la scène politique. Pour achever de compliquer les relations entre les deux couronnes, le duché de Normandie, que possédait Henri II, relevait cependant du roi de France qui en était suzerain ; en sorte que le roi d'Angleterre, plus puissant que Louis le Jeune et son rival heureux, se trouvait pourtant son vassal pour une de ses plus riches provinces. Déjà se formaient les nuages qui allaient s'épaissir pendant les règnes de Philippe-Auguste et de ses successeurs pour éclater enfin dans la désastreuse guerre de Cent Ans.

D'autre part, l'Allemagne voyait poser la couronne impériale sur le front de Frédéric Barherousse ; et le chancelier Thomas Becket fut témoin des premières calamités qu'attira sur l'Italie et sur toute l'Europe le nouvel empereur. Celui-ci est trop connu pour qu'il ne suffise pas de l'avoir nommé.

Le Pape qui couronnait Barberousse était Nicolas Breakspeare, le seul pontife que l'Angleterre ait jamais donné à l'Église romaine. Il régnait sous le nom d'Adrien IV. Élu dans les jours mêmes qui virent Henri II monter sur le trône, il ne pouvait qu'inspirer confiance au nouveau roi, dont il seconda, en effet, les premiers projets. Quelques mois après avoir saisi le sceptre échappé aux mains d'Etienne mourant, et au milieu des difficultés d'ordre intérieur que nous avons signalées, le jeune prince ne songeait à rien moins qu'à conquérir l'Irlande. Etait-ce Thomas qui avait conçu pareil dessein ? Il semble, au reste, qu'il s'agissait seulement d'engager la question et de faire reconnaître pour l'avenir au roi d'Angleterre des droits sur l'île, en mettant à profit dès les premiers jours du règne les tendances bien marquées de la Cour pontificale.

Déjà pendant le séjour en France du Pape Eugène III, l'Irlande avait député auprès de lui pour obtenir l'envoi d'un légat. C'était la seconde fois que ce bon peuple réclamait du Pontife semblable faveur (i), et le bienheureux Eugène III avait conçu tout un plan de réorganisation pour l'Église d'Irlande. 11 voulait la partager en quatre métropoles, afin d'assurer plus efficacement l'exécution des mesures de réformes jugées nécessaires au peuple de l'île, plus encore qu'au clergé. Partagée en provinces qui obéissaient chacune à un chef suprême, et incapable de se réunir en un seul État organisé, ni même de se confédérer bien fortement, l'Irlande avait besoin que son clergé prît d'autant plus d'influence pour remédier aux maux trop réels qu'enfantait son état de division. Or un arche-

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