CHAPITRE VIII
véque unique devait être aussi impuissant qu'un souverain unique était impossible ; le Pontife romain faisait donc preuve de sagesse en songeant à créer quatre métropoles. Entravée par le mauvais vouloir du roi Etienne, qui avait refusé de laisser passer les envoyés du Pape, la légation destinée une première fois à l'Irlande revint sur ses pas. Mais sur les instances réitérées des députés de l'île, un cardinal partit encore une fois de la Cour pontificale, traversa l'Ecosse, parvint à entrer en Irlande, et y tint un concile où se trouvèrent réunis évéques, abbés, et chefs de clans (i). Là furent érigés les quatre évêchés d'Armagh, de Dublin, de Cashel et de Tuam (1152); les nouveaux métropolitains reçurent le pallium des mains du légat, et des canons disciplinaires furent promulgués. D'ailleurs, nous le répétons, c'étaient les peuples qui avaient besoin de réformes, non le clergé, qui vivait de la vie commune autour de ses évêques et même sous une observance monastique (2). Mais les coutumes profondément enracinées, les préjugés, l'habitude et l'amour de l'indépendance, mettaient d'insurmontables obstacles à tout progrès social chez les irlandais. A dire vrai, en vovant où la civilisation conduisait tant d'autres nations. Ton est tenté de se demander s'ils n'étaient pas plus heureux dans leur état d'enfance sociale, ces vieux Celtes, de mœurs un peu rudes, mais braves, ignorants du luxe et de ses vices comme de ses exigences, hospitaliers, simples, et au fond solidement chrétiens ? Ne valaient-ils pas bien leurs voisins d'Angleterre, chez qui des dehors brillants dissimulaient trop imparfaitement beaucoup de rudesse et nombre de plaies profondes ? Un saint, puissant en œuvres,