Lingard, trad. de Roujoux (1844), t. i, pages
Il8 SATNT THOMAS DE CANTORBÉRY
qui eût poursuivi ce qu'avait ébauché saint Malachie, édifié sur les bases de la foi un état solidement constitué, telle était la seule solution du problème. Alors l'Irlande eût été forte, partant heureuse, à l'abri des tentatives de l'étranger ; elle n'eût pas subi trois siècles de martyre. Mais Dieu a ses vues, qui ne sont pas celles de l'homme; ce saint ne se leva pas, et le peuple irlandais demeura sans chef respecté, sans institutions protectrices, gardant seulement sa foi, simple comme celle de l'enfant. Divisé, il était voué fatalement à la conquête, et toutes les entreprises de la politique demeuraient possibles contre lui, aussi longtemps que l'agresseur, en s'attaquant à la foi catholique, ne contraindrait pas toutes les forces du pays à se liguer pour la résistance.
Henri Plantagenet ni son ministre ne songeaient à commettre pareille faute ; au contraire, ils sollicitaient d'Adrien IV la mission de poursuivre l'œuvre entreprise par le bienheureux Eugène Ilï en Irlande ; ils déclaraient n'y vouloir entrer que pour détruire les vices, fortifier l'Eglise, et faire de ce pays un nouveau tributaire du Saint-Siège. Adrien IV répondit à la requête du roi son compatriote, en louant dans une bulle le zèle qui pressait le prince à réformer les abus et à guérir le mal chez ses voisins, l'autorisant à entrer en Irlande pour l'exécution de ce plan (i). Nous le répétons, il n'est guère possible de supposer que Thomas Becket ait cru en 1155 à la possibilité d'une expédition immédiate, moins encore d'une conquête de l'île entière. Fut-il donc du nombre des barons qui s'opposèrent hautement à l'exécution de ce projet? Il serait surprenant, alors, que la requête eût été présentée au Pape,