CHAPITRE Vill
et qu'elle l'eût été précisément par l'ami du Chancelier, Jean de Salisbury. Plus vraisemblable est la supposition que Thomas considérait cette démarche seulement comme un jalon pour guider sa politique dans un avenir plus ou moins prochain. Mais un Pape anglais pouvait être plus accessible à des ouvertures sur ce point ; comme d'ailleurs le pontificat d'Anastase IV, son prédécesseur, n'avait duré que quelques mois, il pouvait en advenir de même de celui-ci ; et c'est pourquoi la cour d'Angleterre devait se hâter de prendre position. En fait, le projet n'eut aucune suite immédiate ; il ne pouvait en avoir; mais la bulle pontificale demeura dans les archives de la chancellerie, et le règne de Henri Plantagenet ne finit pas sans que l'on eût vu l'exécution du plan formé dans ses premiers jours.
L'Angleterre nouait avec d'autres voisins des relations d'un genre différent. Il s'agissait ici d'alliances et non de conquête. La Suède et la Norwège ne jouaient pas encore, il est vrai, de rôle politique en Europe, sinon par leurs rapports avec le nord de l'Allemagne; il y a quelque apparence que l'intérêt commercial fut la cause de leurs premières relations avec l'Angleterre. On nous pardonnera certainement de n'être pas très familier avec l'histoire politique de ces pays antérieurement à la date où elle se mêle à celle des autres peuples. C'est à l'an 11 50 seulement que commencent les annales certaines des peuples de Gothie (i) ; encore n'est-ce là qu'une aube où les ténèbres luttent contre la lumière. Nous savons cependant que la presqu'île Scandinave n'était point ignorée ni délaissée, au milieu du xif siècle ; et l'Église qui, dès le ix", lui avait donné des apôtres, ne cessait de veiller sur elle.
I. Raynald. Annal, ad ann. 1151, n" 9. « Ante hrcc tempora inhistoria Suecorum omnia incerta et fabulis plena. »
Nicolas Breakspeare avait été envoyé comme légat dans ce pays par le bienheureux Eugène III ; et ce fut à l'occasion d'un prélat suédois venu à Rome que Barberousse inaugura sa politique hostile au Saint- Siège (i).
Les relations personnelles de l'ancien légat, devenu le Pape Adrien IV, eurent vraisemblablement une influence sur celles qui se nouèrent entre l'Angleterre d'une part et de l'autre la Norwège et la Suède. Le roi qui régnait sur ces peuples du nord était celui que l'Église honore sous le nom de saint Eric, martyr. Dès la seconde année du règne de Henri Plantagenet (2), des ambassadeurs norw^égiens abordaient en Angleterre. Le Chancelier, fidèle aux habitudes qu'il adoptait dans sa diplomatie, voulut que les étrangers fussent reçus avec magnificence. Une escorte d'honneur fut envoyée à leur rencontre, et Thomas fit personnellement les frais de la réception (3), ainsi que du voyage jusqu'à la capitale. Henri II renvoya bientôt les ambassadeurs avec des présents pour leur maître, et dès l'année suivante, le roi Eric venait lui-même en Angleterre (4). Ce fut l'argent anglais qui solda le pilote et l'équipage du vaisseau royal ; nous savons que le Chancelier avait coutume d'en agir de la sorte ; il nous est donc permis de voir encore ici sa main, toujours libérale mais non moins habile. Tant d'avances, en effet, contribuèrent à établir des relations d'amitié entre les deux pays, permettant au commerce maritime de se développer sur la mer du Nord ; et cela naturellement au profit de l'Angleterre, plus capable