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les pr(')^'isions nécessaires avant que l'ordre du Roi y soit connu. Aussi lorsqu'il arrive à Paris chez les chevaliers du Temple, il v trouve accumulées de telles ressources qu'il pourra entretenir, s'il le faut, mille personnes pendant trois jours. Mais ce n'est pas tout. Des chariots sortent les présents les plus variés : riches surcots, pelisses fourrées de menu vair ou de petit gris, œuvres ti'art et argent monnayé. La prodigalité du Chancelier ne connaît plus de bornes : ses palefrois, et jusqu'à sa vaisselle d'or, il donne tout sans compter. Aussi toutes les portes s'ouvrent-elles devant lui, et bientôt Marguerite de France est officiellement fiancée au prince héritier d'Angleterre.
Pourtant ce n'est là que le premier acte de la négociation. Quelle sera la dot de la jeune princesse ? Jadis Geoffroy Plantagenet avait possédé le Vexin ; mais en 1144 il avait cédé à la France le château cie Gisors, en échange du droit de conserver la Normandie, sa conquête, dont le roi Louis était suzerain. En 11 50, il avait cédé le Vexin tout entier. Depuis lors, la guerre s'était • plusieurs fois rallumée entre l'héritier de Geoffroy et Louis le Jeune à propos de ces places qui couvraient la frontière de France en menaçant la Normandie, et que Henri II cherchait à recouvrer. Thomas obtint que la dot de Marguerite se composât des châteaux de Gisors, Vaudreuil, Neaufle, Neufchâtelsur-Epte, et Dangu, situés le long des marches normandes (i); mais Louis VII stipula que les places en question ne seraient remises entre les mains du Roi d'Angleterre qu'au jour de la célébration du mariage des deux enfants royaux. Jusque-là, cependant, il consentait à les confier à la garde des chevaliers du
I. Rôles de l'Echiquier de Normandie^ an. 1184. — Cfr. Caumont, Rçvue AtigJo-Française^ t. iv, page 217.
Temple, et spécialement de Richard de Hastings^ provincial d'Angleterre. Thomas accepta ces conditions ; peut-être même en suggéra-t-il quelqu'une, par exemple le choix de Richard, qui engageait l'avenir.
Tranquille du côté de la Normandie, le Chancelier aborda les affaires de Bretagne. Henri II se portait comme héritier de Geoffroy, son frère, mort l'année précédente ; mais ce ne fut pas sur le terrain d'un droit trop contestable que Thomas posa la question ; Louis le Jeune évidemment ne se serait pas engagé à soutenir par les armes les prétentions de Henri. Le négociateur se borna à représenter que, depuis longtemps et par droit héréditaire, le comte d'Anjou avait la charge de sénéchal de France (i) ; qu'en conséquence il appartetenait à Henri Plantagenet de ramener, au nom du roi Louis, la paix dans un pays troublé comme l'était alors la Bretagne, et par conséquent d'y entrer en forces. Le Roi ne vit point le piège, et ne sut pas répondre que l'état politique des Bretons n'était pas plus troublé alors que celui de beaucoup d'autres royaumes, connus en Europe. Si le débonnaire comte Conan ne savait pas empêcher toute querelle intestine, il en allait bien de même ailleurs, dans des pays où nulle intervention étrangère n'eût été tolérée. En définitive, Louis reconnut au Roi d'Angleterre la prérogative que revendiquait pour lui son Chancelier, et trouva bon qu'il exerçât les droits attachés au titre de sénéchal. Henri n'attendait que cette parole pour agir ; pacifier n'était pour lui qu'un prétexte, et la simplesse de Louis VII lui donnait le champ libre. Nous savons aujourd'hui si les héritiers les plus lointains des Plan-
I. D. Bouquet, t. xii, pages xxxix, 536, C, 560 ; t. xiii, pages xvi-xvii.