RÉSUMÉ
Nous terminons cette étude de la doctrine de saint Thomas, sur deux des points les plus importants de la théologie, en la résumant en quelques mots :
i° Dieu a donné à la créature libre une inclination naturelle vers le bonheur ; cette inclination de la volonté n'est point libre, mais nécessaire et déterminée.
Outre cette inclination, Dieu a donné à la volonté le pouvoir de se porter, selon son bon plaisir, vers tel ou tel objet que l'intelligence perçoit comme renfermant une part de bonheur, mais non vers celui qui apparaîtrait comme étant le bonheur parfait.
Ce qui pousse la volonté à se porter vers tel objet plutôt que vers tel autre, c'est le désir d'y trouver le bonheur.
Ce désir est donc le moteur de la volonté, pour la production de cet acte libre.
D'où provient ce désir? — De l'inclination naturelle que la volonté éprouve, invinciblement, vers le bonheur.
L'inclination naturelle est donc le véritable moteur premier, dans la série des actes de la créature libre.
Et comme cette inclination naturelle provient de Dieu absolument et immédiatement, il est donc rigoureusement exact de dire que c'est Dieu qui met en mouvement la créature libre, dans chacun de ses actes libres.
La mise en mouvement ou l'application à l'action, de la part de Dieu, s'exerce donc, relativement aux actes libres de la créature, par l'inclination naturelle vers le bonheur, tandis que la part de la volonté libre consiste à se déterminer elle- même. Et encore, cette détermination doit-elle remonter à Dieu, en ce sens que si la volonté agit de telle ou telle sorte, ce n'est qu'en vertu de la puissance que Dieu lui a conférée.
Cette production d'être, par l'intermédiaire de la cause seconde libre, jointe à la mise en mouvement constitue ce que l'on est convenu d'appeler le concours immédiat de Dieu.
2° Dieu connaît aussi parfaitement que possible toutes les créatures, par des images représentant adéquatement toutes leurs perfections.
Ces images ne sont pas empruntées aux créatures, et elles n'informent pas chacune séparément l'intelligence divine; mais elles se confondent, tout en conservant leur représentation distincte, avec l'image substantielle de la nature divine, c'est-à-dire avec le Verbe divin.
De cette manière de connaître, comme par images, vient le nom de science de vision, donnée à la connaissance par Dieu des êtres qui existent, existeront ou ont existé. — Nous ne voyons en effet nous-mêmes qu'au moyen d'images, d'abord, par l'image qui se forme dans
la rétine, ensuite par l'image intellectuelle abstraite par Tintellect.
La difficulté de connaître ou de voir ce qui est futur, et qui par conséquent n'existe pas encore, ne se rencontre pas en Dieu ; car pour lui tout est présent, puisque Téternité, qui est son apanage, est un point d'une indivisibilité absolue, qui ne connaît pas de succession.
Cette manière d'expliquer la science de Dieu, par la vision des choses futures eri tant que présentes, fait évanouir la difficulté que l'on trouve à concilier la liberté de l'homme avec l'infaillibilité de la prescience divine; car toute la force de l'objection réside dans la supposition que la prescience de Dieu est antérieure à l'exercice de la liberté de l'homme. .