‹ Saint Thomas et le ThomismeChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du concours de Dieu par rapport à la volonté libre,

d'après saint Thomas.

Tous les philosophes et théologiens catholiques admettent que le concours immédiat de Dieu est tout à fait nécessaire pour sauvegarder son souverain domaine sur les actions des créatures. 11 ne suffit pas, en effet, que celles-ci dépendent de lui, quant à leur être et à leurs facultés, par la création et la conservation. Une faculté en exercice possède une réalité de plus que la faculté en repos. Cette réalité doit dépendre aussi du Souverain Seigneur, et c'est pour cette raison qu'est requis le concours de Dieu.

Dans son remarquable ouvrage, intitulé Controverses {Quœstiones disputatœ) , saint Thomas précise admirablement l'action multiple de Dieu sur les créatures ; c'est à

lui que nous demanderons la lumière.

L'article que nous allons citer est, à proprement parler, l'exposé classique et ex professo de saint Thomas sur cette matière. C'est au fond le même (quoi qu'en ait dit certain théologien célèbre), mais seulement traité avec plus d'ampleur et de développements, que l'Art. 5 de la Question cv de la I pe partie de la Somme théologique.

Cet article qui a pour titre : « Dieu opère-t-il dans

V opération de la nature ? l » est le 7 e de la Question 111 e du Livre premier De la puissance; comme il est fort long, nous nous contenterons de citer ce qui a directement trait à notre sujet :

« Il faut concéder simplement 2 que Dieu opère dans la nature et la volonté en tant qu'elles agissent. Il y en a qui, ne comprenant pas cette doctrine, sont tombés dans Terreur, attribuant à Dieu toute l'action de la nature, de* telle sorte que la chose purement naturelle ne ferait rien par sa vertu propre.. . »

Après les avoir longuement réfutés, saint Thomas ajoute :

« II ne faut donc pas comprendre que Dieu opère dans toute chose naturelle, comme si la chose naturelle n'opérait rien, mais que Dieu opère dans la nature ou la volonté agissant elles-mêmes. Comment cela peut-il se comprendre ? C'est ce qu'il convient d'expliquer.

« 11 faut savoir qu'une chose peut être la cause de l'action d'une autre chose, de plusieurs manières différentes : i° En tant qu'elle lui communique la puissance d'agir...

Page 1