Utrum Deus operetur in operatione nature
2. Qu/est disp.. L. I De Pot., Q.. ni, A. 7 : « Simpliciter con cède nd uni est Deum operari in natura et voluntate operantibus. Sed quidam hoc non intelligentes, m errorem inciderunt, attribuentes Deo hoc modo omnem naturae operationem, quod res penitus naturalis nihil ageret per virtutem propriam... »
« Non ergo sic est intelligendum quod Deus in omni re naturali operetur, quasi res naturalis nihil operetur, sed quia in ipsa natura vel voluntate opérante Deus operatur ; quod quidem qualiter intelligi possit, ostendendum est.
« Sciendum namque est. quod actions alicujus rei res alia potest dicf causa multipliciter. Uno modo, quia tribuit ei virtutem operandi .. et hoc modo Deus agit omnes actiones naturae, quia dédit rébus naturalibus virtutes
Et de cette manière, Dieu produit toutes les actions de la nature, parce qu'il a donné aux choses naturelles les puissances par lesquelles elles peuvent agir. . .
2* « Il est la cause de cette puissance, non seulement quant à la production... mais encore quant à l'être actuel, de telle sorte que Dieu peut être dit cause de l'action, en tant qu'il produit les puissances naturelles et leur conserve V existence. Car de cette seconde manière, en conservant la puissance, il est dit aussi faire l'action, comme on dit que les médecines qui conservent la vue font voir.
3° « Mais parce qu'aucun agent ne meut ou n'agit par lui-même, s'il n'est moteur immobile, une chose est dite en troisième lieu la cause de l'action d'une autre, en tant qu'elle meut celle-ci à agir. On ne comprend pas par là la collation ou la conservation de la puissance active, mais V application de la puissance à V action; de même que l'homme est cause de l'incision faite par le couteau, par le fait qu'il donne le mouvement au couteau, et en applique le tranchant à faire cette incision. Et parce que la
per quas agere possunt... Est causa virtutis collatae, non solum quantum ad fie ri... sed etiam quantum ad esse, ut sic possit dici Deus causa actionis in quantum causât, et conservât virtutes naturales in esse. Nam etiam alio modo conservans virtutem dicitur facere actionem, sicut dicitur quod médicinal conservantes visum faciunt videre. Sed quia nulla res per seipsam movet vel agit, nisi sit moyens non motum, tertio modo dicitur una res esse causa actionis alterius, in quantum movet eam ad agendum ; in quo non intelligitur collatio aut conservatio virtutis activae, sed applicatio virtutis ad actionem : sicut homo est causa incisionis cultelli ex hoc ipso, qued applicat acumen cultelli ad incidendum, movendo ipsum. Et quia natura inferior agens, non agit nisi mota... sequitur de necessitate, quod Deus sit causa actionis cujuslibet rei naturalis, ut movens et applicans vir-
nature inférieure agissant n'agirait pas si elle n'était
mise en mouvement... il suit nécessairement que Dieu est la cause de toute action naturelle, en mettant en mouvement et en appliquant la puissance à l'action.
4° « Mais en outre nous trouvons que l'ordre des effets est selon l'ordre des causes, ce qui est nécessaire à raison de la similitude qui existe entre l'effet et la cause. La cause seconde ne peut rien sur l'effet de la cause première par sa vertu propre, quoiqu'elle en soit l'instrument, par rapporta cet effet. Car l'instrument est en quelque sorte cause de l'effet de la cause principale, non par une forme ou puissance propre, mais en tant qu'il participe en quelque chose delà vertu de la cause principale, parle mouvement qu'il reçoit d'elle; comme la hache n'est pas la cause de l'objet travaillé, par une forme ou puissance propre, mais par la puissance de l'ouvrier qui la met en mouvement, et à laquelle elle participe.
« C'estpourquoi, en quatrième lieu, une chose est cause de l'action d'une autre, comme V agent principal est cause
tatem ad agendum. Sed ulterius invenimus secundum ordinem causarum esse ordinem effectuum ; quod necesse est propter similitudinem effectus et causse. Nec causa secunda potest in effectuai causse primas per virtutem propriam, quamvis stt insfrumentum causas primse respectu illius effectus. Instrumentum enim est causa quodammodo effectus principalis causse, non per formam vel virtutem propriam, sed in quantum participât aliquîd de vlrtute principalis causse per molum ejus, sicut dolabra non est causa rei artificiatse per formam vel virtutem propriam, sed per virtutem artificis, a quo movetur, et eam quoquo modo participât. Unde quarto modo unum est causa actionis alterius, sicut principale agens est causa actionis instrument : ; çt hoc modo etiam oportet dicere quod Deus est causa omnis actionis rdl naturalis. Quanto enim aliqua causa est altior, tanto est communior et
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de l'action de l'instrument; et de cette manière il faut dire aussi que Dieu est cause de toutes les actions naturelles. Car plus une cause est élevée, plus elle est générale et efficace, et plus elle est efficace, plus elle pénètre profondément dans l'effet, et le réduit en acte, n'importe à quel degré de puissance il se trouve.
« En effet, nous trouvons dans toute chose naturelle que c'est un être, une chose naturelle, et qu'elle est de telle ou telle nature. La première propriété est commune à tous les êtres ; la seconde convient à tous les êtres naturels; la troisième à ceux d'une même espèce; et enfin la quatrième, constituée par les accidents, est propre à l'individu. Cet individu en agissant ne peut donc rien constituer dans son espèce, à moins qu'il ne soit l'instrument de la cause qui atteint toute l'espèce et en outre tout l'être de la nature inférieure. Et, pour cette raison... il ne communique l'être à rien, si ce n'est par la vertu de Dieu. Car l'être est l'effet le plus général, le premier, et le plus intime de tous les effets. C'est pourquoi un effet de ce genre ne convient qu'à Dieu en puissance propre. .
efficacior, et quanto est efficacior, tanto profundius ingreditur in eflectum, et de remotiori potentia ipsum reducit in actum. In qualibet autem re naturali, invenimus quod est ens, et quod est res naturalis, et quod est talis vel talis nature. Quorum primum est commune omnibus entibus ; secundum omnibus rébus naturalibus ; tertium in una specie ; et quartum, si addamus accidentia, est proprium huic individuo. Hoc ergo individuum agendo non potest constitucre aliud in simili . specie nisi prout est instrumentum illius causse, quae respicit totam speciem, et ulterius totum esse nature inferioris. Et propter hoc... nec aliquid agit ad esse nisi per virtutem Dci. Ipsum enim esse est communissimus eflectus, primus et intimior omnibus aliis eflectibus. Et ideo soli Deo competit secundum virtutem propriam talis effectus... Sic ergo Deus est causa omnis actionis, prout quodlibet agens est instrumentum
Donc Dieu est cause de toute action, en tant que l'agent, quel qu'il soit, est un instrument de la puissance divine, qui opère l'effet.
« Si donc nous considérons les agents subordonnés, chaque agent particulier est cause immédiate, relativement à son effet. Mais si nous considérons la puissance par laquelle a lieu l'action, la puissance de la cause supérieure sera plus immédiate, par rapport à l'effet, que la puissance de la cause inférieure. Car la puissance inférieure n'a de connexion avec l'effet qu'en vertu de la puissance supérieure; d'où il est dit (L. Des Causes) que la vertu de la cause première agit dans l'effet produit, avant (celle de la cause seconde), et pénètre en lui plus fortement.
« C'est pourquoi il faut admettre que la puissance divine se trouve en toute chose qui agit... Et, pour cette raison, on peut dire que Dieu opère en toute chose, en tant que toute chose a besoin de sa puissance pour agir.
« Dieu est donc cause de toutes les actions, en tant qu'il donne la puissance d'agir, en tant qu'il la conserve,
divin» virtutis opéra ntis. Sic crgo si considercmus supposita agentia, quodlibet agens particularc est immediatum ad suum effectum. Si autem considercmus virtutem qua fit actio, sic virtus superioris causse erit immediatior effectui, quam virtus infcrioris, nam virtus inferior non conjungitur effectui, nisi per virtutem superioris, unde dicitur in libro de Causis quod virtus causae primse agit in causatum, et vehementius ingreditur in ipsum.
« Sic ergo oportet virtutem divinam adesse cuilibet rei agenti ... Et ideo potest dici, quod Deuj in qualibet re operatur, in quantum ejus virtute quaelibet res indiget ad agendum... Sic ergo Deus est causa actionis cujuslibet in quantum dat virtutem agendi, et in quantum conservât eam, et in quantuin applicat actioni, et in quantum ejus virtute omnis alia virtus agit. Et çum conjunxerimus his, quod Deus sjt sua virtus, et quod sit intra rem
en tant qu'il l'applique à l'action, et en tant que toute autre puissance agit par la puissance qu'il lui communique. Et, lorsque nous aurons ajouté que Dieu est sa propre puissance, et qu'il est en toute chose, non comme une partie de l'essence, mais comme retenant la chose dans l'être, il suivra qu'il opère immédiatement dans tout être agissant, sans exclure l'opération de la volonté et de la nature. »
Après un exposé aussi complet et aussi précis de l'action multiple de Dieu sur les créatures, il nous est facile de comprendre en quoi consiste, selon saint Thomas, le concours immédiat de Dieu, par rapport à la volonté libre de l'homme.
Les deux premières actions de Dieu, la création et la conservation, regardent le concours médiat dont nous ne nous occupons pas ici; les deux dernières seules concernent le concours immédiat et peuvent, par rapport à la volonté libre, se formuler ainsi : Dieu met en mouvement la volonté lorsqu'elle agit, et c'est par la vertu de la cause première qu'elle agit.
Mais que faut-il entendre par cette mise en mouvement de la volonté, par cette application de la puissance- à l'action, et enfin par cette influence de la cause première par la vertu de laquelle agit la volonté ?
Notons d'abord brièvement que l'explication de cette dernière action de Dieu ne souffre pas de difficulté sé-
quamlibet, non sicut pars essentiae, scd sicut tenens rem in esse, scquetur quod ipse in quolibet opérante immédiate operetur, non exclus* opéra lionç voluntatis et nature. »
rieuse, et n'exige pas, par conséquent, d'amples développements. Il ressort, en effet, d'après les explications données dans le corps de l'article cité plus haut, que, si les créatures ne peuvent agir que par la vertu de la cause première, c'est parce qu'en agissant elles produisent de l'être, qui est l'effet le plus universel, et qui ne peut, pour cette raison, dépendre que de la cause universelle et première. Or, il suffit, pour expliquer cette influence de la cause première, d'admettre que les causes secondes n'ont rien en propre qu'elles ne tiennent de Dieu, et que, si elles peuvent agir nécessairement ou librement, chacune selon sa nature, c'est que Dieu a décidé qu'il en serait ainsi ; de telle sorte que lorsqu'elles agissent, elles produisent leur effet, nécessaire ou contingent, en vertu de cette volonté absolue et efficace de Dieu, et que l'être produit doit être attribué tout entier à Dieu comme cause première. (Voir Somme théol., 1, d, xix, A. 8.)
Reste donc à expliquer seulement la mise en mouvement, autrement dit l'application de la volonté libre à l'action.
Saint Thomas, traitant du concours en général, relativement à toutes les créatures douées ou non de liberté, ne pouvait expliquer en détail la manière spéciale dont Dieu met en mouvement la volonté libre. Pour avoir son sentiment sur ce sujet, il nous faut recourir aux divers endroits de ses Œuvres , où il traite ex professo de la volonté et du libre arbitre ; c'est ce que nous examinerons dans le chapitre suivant.