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volonté ; bien plus, comme il y a nécessité pour l'intellect d'adhérer aux premiers principes, il y a aussi nécessité pour la volonté de s'attacher à sa fin dernière, qui n'est autre que le bonheur ; car « la fin est par rapport aux œuvres ce que les principes sont par rapport à la théorie, » ainsi que le dit Aristote. (Tbysic. IL) Il faut en effet que ce qui convient à une chose d'une manière naturelle et immobile soit le fondement et le principe de tout le reste, parce que la nature de la chose est ce que l'on conçoit avant tout dans chaque être, et parce que tout mouvement procède d'une chose immobile. »
Voilà la mise en mouvement, l'application de la puissante à V action, relativement aux actes libres de la volonté, indiquées déjà assez clairement ; car le sens des dernières paroles est évidemment celui-ci : La volonté pour ses actes libres est mise en mouvement par l'inclination naturelle qu'elle éprouve pour le bonheur.
Après avoir étudié tout ce qui concerne l'être, soit infini, soit créé, et s'être maintenu constamment sur les hauteurs du dogme et de la spéculation, dans la 1" partie, saint Thomas descend, dans la II e , sur le terrain de la pratique, et pose les grands principes de la morale.
11 examine d'abord le but des actions humaines dans les 5 premières questions de la l re -II% et répète à plusieurs
qui est béatitude. Finis enim se habet in operativis, sicut principium in speculativis, ut dicitur in II Pbysic. Oportet enim quod illud quod naturaliter alicui convenit et immobilier sit fundamentum et principium omnium aliorum, quia natura rei est primum in unoquoque, et omnis motus procedit ab aliquo immobili. »
reprises, que la fin dernière, ou le bonheur, est comme le moteur immobile extrinsèque, par rapport aux actes libres de la volonté.
Ainsi, à l'article 6 de la question I" « Tout ce que Thomme désire ', il doit nécessairement le désirer pour une fin dernière ; et cela se prouve par deux raisons. D'abord, parce que c'est sous le rapport du bien (ou du bonheur) que l'homme désire tout ce qu'il désire; et s'il ne le désire pas en tant que bien parfait, qui est la fin dernière, il est nécessaire qu'il le désire, en tant que conduisant au bien parfait, parce que le commencement d'une chose est toujours un acheminement vers sa consommation... » Et un peu plus loin : « Cela est vrai, en second lieu, parce que la fin dernière est, par rapport au mouvement imprimé à notre appétit, ce qu'est le premier moteur dans les autres genres de mouvement. Or, il est manifeste que les causes secondes ne peuvent produire un mouvement qu'à la condition d'être mues elles-mêmes par le premier moteur. Donc les objets secondaires de notre appétit ne peuvent le mouvoir que dans l'ordre de son premier objet, c'est-à-dire de sa fin dernière. »
i. S. Th., I— II , Q.. i, A. 6 : « Respondeo dicendum quod necesse est quod omnia quae homo appétit, appetat propter ultimum finem, et hoc apparet duplici ratio ne. Primo quidem, quia quidquid homo appétit, appétit sub ratione boni ; quod quidem si non appetitur ut bonum perfectum, quod est ultimus finis, necesse est ut appetatur ut tendens in bonum perfectum, quia semper inchoatio alicujus ordinatur ad consummationem ipsius... Secundo,- quia ultimus finis hoc modo se habet in movendo appetitum, sicut se habet in aliis motionibus primum movens. Manifestum est autem quod causse sccundae moventes non movent nisi secundum quod moventur a primo movente. Unde secunda appetibilia non movent appetitum nisi in ordine ad primum appetibile, quod est ultimus finis »
La même doctrine est répétée à la question vin, qui traite de l'Objet de la volonté, où, entre beaucoup de passages du même genre, saint Thomas dit par exemple (Art. 2) : « Ce qui est bon et voulu en soi \ c'est la fin ; donc la volonté a proprement la fin pour objet. Les choses qui mènent à la fin ne sont ni bonnes ni voulues pour elles-mêmes, mais seulement à cause de leur rapport avec la fin ; c'est pourquoi la volonté ne se porte vers elles qu'en tant qu'elle se porte ver s la fin ; et ce qu y elle veut en elles , c'est la fin... »
De même (Art. 3) : « La fin étant voulue en ellemême a , et ce qui mène à la fin n'étant voulu, comme tel, qu'à cause de la fin.,. »
On le voit, c'est toujours le même principe, que la volition de la fin dernière est le premier acte dont dépendent tous ceux qui suivent, ou, en d'autres termes, que la fin dernière remplit, par rapport aux fins intermédiaires, le même rôle que le premier moteur, dans les autres genres de mouvements.
11 serait superflu de multiplier les citations de ce
1. S. Th., MI, Q, vin, A. 2 : « . . Id autem quod est propter se bonum et volitum, est finis : unde voluntas proprie est ipsius finis. Ea vero quse sunt ad finem non sunt bona vel volita propter seipsa, sed ex ordine ad finem : nnde voluntas in ea non fertur nisi quatenus fertur in finem, unde hoc ipsum quod in eis vult, est finis... »
2. Ib. A. 3 : «r Cum finis sit secundum se vol i tus, id autem quod est ad finem, in quantum hujusmodi, non sit volitum nisipropter finem... »
genre, arrivons à la question ix, qui a pour titre : Des causes qui meuvent la volonté l . C'est ici que le sujet qui nous occupe commence à être traité tout à fait ex professo.
Voici dans quel ordre saint Thomas énumère ces causes, et le rôle qu'il attribue à chacune d'elles :
Art. /. L'intelligence meut la volonté, quant à la spécification de l'acte, en tant qu'elle présente tel ou tel objet, comme bon et désirable.
Art. 2. L'appétit sensitif meut aussi la volonté, sous le rapport de la spécification de l'acte, en tant qu'il modifie l'appréhension subjective de la convenance de l'objet proposé par l'intelligence.
Art. 3. Quant à l'exercice de l'acte, c'est-à-dire pour passer de la puissance à l'acte, la volonté se met ellemême en mouvement.
Art. 4. Mais, même sous ce rapport, elle a besoin d'être mise en mouvement par un principe extérieur, quant à son premier acte, c'est-à-dire quant à l'inclination naturelle vers le bonheur.
Art. 5. Ce principe extérieur ne peut être les corps célestes.
Art. 6. Dieu seul est le principe extérieur qui met la volonté en mouvement dans son premier acte.
N'ayant pas à nous occuper ici de la spécification de l'acte, mais seulement du passage de la puissance à l'acte, nous nous bornerons à examiner les articles 3, 4 et 6*