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CHAPITRE III

LE Xn.VVAIL DES AjVKÉES OBSCURES

Tout porte à croire qu'après avoir renoncé au siècle, comme on disait alors, Victrice s'adonna, dans la retraite, à l'étude et à la piété, se préparant ainsi, sans s'en douter, aux ëminenles fonctions ecclésiastiques que l'avenir lui réservait. Le seul ouvrage qui nous reste de lui témoigne d'une haute culture, h la fois littéraire et religieuse, que son passage dans les écoles avant son entrée dans l'armée ne su ("lit pas à expliquer. Il est donc vraisemblable, pour ne pas dire certain, qu'd compléta ses études et enrichit ses connaissances, à la manière des grands chrétiens de son temps qui sont devenus de remarquables écrivains.

La Gaule était la province qui pouvait lui offrir, h cet égard, les plus grandes ressources et les meilleurs modèles. « Les études v étaient très florissantes », remarque saint Jérôme. Mal-

gré la décadence du goût, on y conservait jalousement les traditions du beau langage; « Tabondance et la politesse de réloquence gauloise » demeuraient proverbiales*. On cultivait en particulier une nouvelle manière de rendre, par le choix de certaines cadences harmonieuses, la phrase latine aussi agréable que possible à roreille. Victrice s'initia à ces procédés, que la littérature ecclésiastique mit pendant quelque temps en honneur. Nous verrous plus tard, en étudiant le stvle de son De Lande Sanctorum, que les lois de ce qu'on est convenu d'appeler le cursus n'avaient pas pour lui de secret.

Jusqu'à un âge très avancé, il conserva ce souci de la composition (jul marque chez l'écrivain une connaissance approfondie des maîtres. Il ne sut même pas toujours se préserver de certains artifices de rliélori(jue qui sentent les habitudes de l'école. Pour voir comment Victrice avait appris h développer une métaphore, il suffît de lire la page où il exhorte ses fidèles à profiter du secours c[ue leur apportent les saints dans la lutte 1 contre le démon. Nous la citerons eu entier parce (ju'elle respire toute l'ardeur guerrière de sa

I. « Sluclia Galliarmii, qtuu vcl florenlissima sutit... iibcrlatcni gallici nilorciuque sernioiiis. » Jeiùiiic, Ep. xcv, ad Ruslicum.

jeunesse passée clans les camps. « Psotre vie est un combat, dit-il; nous avons à repousser cha([ue jour les attaques de rennemi. Réjouissons-nous, car les saints vont nous prêter main-forte. L'ennemi est redoutable; il explore toutes les issues et toutes les entrées. Mais il n'y a rien à craindre. Voici une grande multitude de saints qui viennent h notre secours. Puis donc qu'un si grand nombre de soldats et de rois nous arrivent des camps célestes, saisissons les armes de la justice et de la prudence, et protégeons-nous du bouclier de la foi; défendons nos poitrines, non pas avec des cottes de mailles, mais avec les lames de la tempérance et de la pudicité.De nos mains, lançons toujours les traits de la foi et de la patience. Frappons tôt, si quelque ennemi s'approche. Ce sont de telles armes que portèrent les apôtres. Ainsi armés, ils ont brise le cou de l'intempérance, de la luxure, de la cupidité, de l'ambition, de la colère et de l'orgueil. La miséricorde du Sauveur ns nous a rien refusé, ni les armes, ni les secours. 11 faut donc éviter la nonchalance, de crainte que la torpeur des vices ne nous envahisse, ou que l'incrédulité, ennemie de la foi, ne nous surprenne, ou que la colère ne nous égare, ou que la cupidité ne nous inquiète, ou rpie l'ambition ne nous attaque. Volontiers nos

martyrs seront avec nous, si nous apportons à leur service une conscience pure. Si, par hasard, cette milice paraissait à quelqu'un dure et insupportable, qu'il ne rejette pas la haste avant que la trompette retentisse, et que le froid de la mort | ne l'envahisse pas avant le combat. Que personne ne déserte les étendards du Sauveur. Il a donné l'exemple, il envoie des secouis. La victoire est certaine, quand on combat avec de tels compagnons d'armes, et avec le Christ pour /wy?e/'t7/or. Certes, le casque de l'évêque resplendira sur ma tête, si votre charité me regarde tians la mêlée; c'est un aiguillon de gloire que de combattre sous vos veux pendant que vous me suivez'. » Assurément, cette exhortation ne manque pas de souffle. Les dernières phrases, en particulier, font penser au cri que jetait un grand capitaine des temps modernes lorsqu'il ralliait ses troupes autour de son panache blanc. Mais la métaphore longuement développée, qui se termine par cette brillante image, témoigne en certains endroits d'une habileté qui rappelle un peu l'artifice de l'école. Quel que fût le génie de Victrice, on surprend toujours clans son slvlc quelque chose du rhéteur.

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