Faites épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. II, p. ,\iO
d'illustration. Martin était venu, précédé de sa réputation de thaumaturge. Un père de famille lui présente sa fdle, muette de naissance, dont il sollicite la guérison. Martin, aussi humble que gi'and, jetant un regard autour de soi, déclare que Victrice et l'évèque de Chartres, Valentin, qui raccompagnent, sont seuls assez saints pour obtenir de Dieu une pareille faveur. Mais ceuxci se joignent au père allligé et supplient ^lartin de faire ce qu'on attend de lui. Le pieux évèque cède à leurs instances, il fait écarter la foule, et n'avant jiour témoin que ses collègues et le père de la jeune fdle, il se prosterne selon sa coutume pour prier, puis il bénit, avec la formule de l'exorcisme, un peu d'huile qu'il introduit aussitôt dans la bouche de l'enfant, en lui tenant la langue. L'effet du remède ne se fit pas attendre. « Comment s'appelle ton père? » dit le saint. Et la jeune fdle prononce sur-le-champ le nom demandé. On devine la joie du père, qui se jette aux genoux de Martin et les arrose de ses larmes, en proclamant que ce mot est le premier qui soit sorti de la bouche de son enfant. L'historien, après avoir rapporté le fait, ajoute qu'il le tient d'un témoin oculaire*.
I. Sulpice Sevtrc, Dialo^\ III, 2, Mignr, P. L., t. XX, col. 2l3.
La frcquenlalion de révoque de Tours no pouvait qu'entretenir et développer chez saint \ iclrice le zèle de l'apostolat. On sait que saint Martin ne se contenta pas d'évangéliser son diocèse. Une grande partie de la Gaule fut le théâtre de ses prédications'. Il ne parait pas cependant avoir visité, dans ses courses évangéliques, la Seconde Lyonnaise, ni les pays plus au nord qui faisaient partie de la Belgique Seconde*. Dans cette dernière région, plusieurs cités, notamment Amiens, avaient des églises florissantes*. Mais d'autres peuples moins favorisés, les Morins et les Nerviens par exemple, à peine touchés une première fois par l'Evangile, semblaient attendre la venue d'un nouveau missionnaire. Le Christ ne comptait chez eux que de rares adorateurs, restes des conversions jadis opérées par saint Fuscien, saint Vicloric et saint Piaton*. Pas de communauté chrétienne orga-
1. Cf. Lecoy de la Marche, Sainl Murli/i, Tours, 1881, p. 275 et siiiv.
2. Lecoy de la Marche en convient pour la Seconde Lyonnaise, mais il accorde trop de crt'dit aux prelentlnes traditions de la Flandre et de l'Artois. Loc. cit.
3. Ammien Marcellin qui écrivait entre 383 et 3ijo disait (xv, n), eu parlant d'Anniens pour une époque un peu antérieure, qu'elle était une « ville émineulc entre toutes ». Sur les orifjines de l'évêché d'Amiens, cf. Ctillia c/iristiana, X, i i5o.