‹ Saint VictriceChapitre 71 sur 101 · Cf. E. Desjardins, om-. cit., t. IL p. J'x»: t, I · texte numérisé non relu

Cf. E. Desjardins, om-. cit., t. IL p. J'x»: t, I

Tournai, Cambrai, Waudrez, Elrœung'. On pourrait ajouter à ces ^'ici ou cites quelques opjjida qui avaient servi de refuge aux habitants dans les guerres de peuplades, si fréquentes avant rorganisatlon définitive de la conquête romaine. Tout cela émergeait, au sein d'un pays couvert de forêts et de marais, entre l'Escaut et la mer^

Les prédications de Victrice obtinrent un plein succès. Dans chaque viTle ou vicus qu'il traversait, il laissa comme marque de son passage une église et des fidèles. S'il faut en croire saint Paulin, qui était bien informé, on vit surgir, non seulement dans les villes, mais encore dans les îles et dans les forêts, de véritables monastères. Il faut sans doute entendre par là les presbytères, où plusieurs moines vivaient en communauté avec les clercs chargés du service des paroisses nouvellement établies'. Ainsi, ajoute saint Paulin, « au lieu des barbares î\\\ dehors et des bandits du dedans, c'étaient

1. Cf. E. Desjardins, ouv. cil., l. II, p. 449 ^t ^' ï^> p. 75 et 127-128 : Table de Pculinger.

2. « Continentes silvas ac paludes habcbant » (Morini), etc. Ci-sar, De liello Gallico, III, 28; cf. Paulin, Ep. XVIII, n° 5.

3. Cf. ce que nous avons dit (cliap. vu) sur la fondalion des jiaroisses rurales.

maintenant des chœurs vénëraijles et an-réliques de saints qui envahissaient tout le territoire' » des Nerviens et des !Morins.

Cette organisation ne fut pas l'ouvrage d'un jonr. Victrice, après un premier apostohit dans ces régions, devint sans doute à plusieurs reprises Ihôte des peuples qu'il avait évangélisés. Le temps seul lui permit tle consolider son œuvre. Mais s'il eut la consolation de savoir ses efl'orts récompensés au delà de toute attente, il vécut peut-être assez longtemps pour voir aussi périr en une année le fruit de tant de travaux.

Ou s'est étonné que les diocèses de Boulogne, de Thérouanne, de Tournai et de Cambrai, n'aient pas entretenu le souvenir de l'évangélisation de saint Victrice par un culte rendu à sa mémoire^. Cet oubli ne s'explique que trop aisément. En 406-407, des nations innombrables et d'une férocité inouïe envahirent toutes les Gaules, raconte saint Jérôme. Les Quades, les

1. « Lbi quondam descria silvarura ac lilloriiin pariter intuta advenac bail)ari aut lalroncs iiicolœ freqiienlahant, mine venerabiles et augelici sanctorum chori urbes, oppida, silvas, ecclesiis et monasieriis plèbe numerosis, pace consonis, célébrant. » Ep. xviii, n° 5.

2. Gbesqnirre, Acta SS. Delgii, t. I, p. SSg, n" 37; cf. Tougard, Saint f^iclrice^ p. 8 ; Haigncrc, Etude sur l'existerne ffuti .siège episcopal dans la \-iHc de Boulogne avant le vil" siècle, IJoulogne, i85(), p. 48.

Vandales, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alemans, les Pannoniens, se précipitèrent, comme une avalanche, dans tout l'espace compris entre le Rhin et TOcéan, enlre les Alpes et les Pyrénées, Reims notamment, Amiens, Arras, le pays des Morins, Tournai, Xemetre, c'est-àdire par conséquent toute la région évangélisée par saint Victrice, furent complètement saccagés, et leurs habitants transplantés en Germanie'. Plusieurs des villes qui disparurent dans la tourmente ne se relevèrent jamais de leurs ruines. On conçoit donc que les chrétientés établies à grand'peine par saint Victrice aient été emportées par ce cataclysme et n'aient pas laissé de trace. Lorsque les temps redevinrent meilleurs, il fallut fonder des églises sur nouveaux frais. Mais rien ne rattacha ces fondations à celles de l'évêque de Rouen.

Le succès obtenu par Victrice dans ses prédications extra-diocésaines porta son nom jusqu'au delà de l'Océan (de ce que nous appelons aujourd'hui la Manche). Les évcques de la Grande- Bretagne ne marchandèrent pas leur admiration à celui qui avait su apprivoiser des peuples aussi

I. Jérôme, F.p. 91, ad y4^'eruc/iiam. Sur la dale (406jo-), cf. Tillemoiit, Histoire des Emperviivs, 2° éd., t. V,

Page 1