‹ Saint VictriceChapitre 76 sur 101 · Natale lll : traduction Ozanam · texte numérisé non relu

Natale lll : traduction Ozanam

Prêtre et pénitent, Paulin demeure cependant écrivain et poète. La seule chose qu'il n'ait pas sacrifiée en quittant le monde, c'est le goût des lettres. Mais ce goût se trouve transformé, comme sa vie; ses poésies sont les premières qui aient lait parler à la muse latine, avec élégance, un langage chrétien. Un esprit nouveau souffle dans l'épilhalame' qu'il consacre aux noces de Julien et d'Ya. Les consolations qu'il adresse à des parents chrétiens sur la mort de leur enfant olfrent le même caractère de grandeur surnaturelle'-. Mais où son àme apparaît tout entière et donne à sa poésie un charme incomparable, c'est quand il entreprend de raconter la vie, les miracles de saint Félix, les pèlerinages qui se font à son tombeau, l'église élevée auprès, les hommages f|ui lui viennent de toute l'Italie, et surtout la fête populaire destinée h célébrer sa mémoire. « Le peuple remplit les chemins de ses essaims bigarrés. On voit arriver les pèlerins de la Lucanie, de l'Apulie, de la Calabre, tous ceux du Latium enfermé entre deux mers. Les Samnites même descendent de leurs montagnes. La piété a vaincu l'âpreté des chemins. Ils n'ont point d.e cesse et, incapables d'attendre le jour, ilsche-

I. Carmen xxil, Ep'tthalam. Jtiliani et Yœ. a. Pc Obitu Celsi piicri, Carmen xxxiii.

minent h la lueur des torches. Non seulement ils portent leurs enfants dans leurs sacs, souvent aussi ils amènent leurs bêtes malades. Cependant les murs de Noie semblent s'étendre et égaler la cité reine qui garde les tombeaux de Pierre et Paul. L'église resplendit du feu des lampes et des cierges. Les voiles blancs sont suspendus aux portes dorées, on sème de fleurs le parvis, le portail est couronné de fraîches guirlandes, et le printemps éclôt au milieu de l'hiver*. »

Mais vainement Pauhn avait cherché l'oubli dans sa retraite. Le monde et l'Eglise avaient suivi des yeux le progrès de sa merveilleuse conversion. Pendant qu'Ausone déplore ce qu'il considère comme une désertion, d'autres admirent le courage du solitaire pénitent. Des témoignages d'admiration lui viennent d'Italie, de Gaule, d'Afrique et même de Bethléhem, Delphin, de Bordeaux, Sulpice Sévère, disciple de saint Martin, Alype et saint Augustin, saint Jérôme et sainte Mélanie, sont au nombre de ses correspondants. Cela le tient forcément au courant de ce qui se fait dans l'Église, et son anie est trop chrétienne pour n'y prendre pas un vif intérêt. Rien de ce qui se passe en Gaule, notamment, ne lui est

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