QUINZIÈME SIÈCLE
Au temps de la primitive Église, les diacres distribuaient les aumônes déposées entre les mains de l’évêque ; ils avaient la charge des indigents, des veuves, des orphelins, des malades, des prisonniers. — « Le saint, qui est revêtu de Jésus-Christ, porte, brodé sur le pectoral de sa dalmatique, ces mots : IHESVS -f- CRISTVS. Il est entouré des pauvres, des boiteux et des aveugles, qu’il appelait les' trésors de l’Église. Fra Angelico a su poétiser la souffrance et la difformité par la vérité des mouvements et la vivacité des expressions. L’aveugle qui s’avance à droite en tâtonnant avec son bâton est un chef-d’œuvre. Raphaël paraît s’en être inspiré dans son admirable carton du Magicien aveuglé par saint Paul devant le proconsul Sergius. On ne peut mieux rendre la vie et le mouvement. »
Fra Angelico mettait l’aumône au-dessus des chefs-d’œuvre, comme le dit son épitaphe composée par le pape Nicolas V :
Non mihi sit laudi, quod eram velut alter Apeiles,
Sed quod lucra tuis omnia, Christe, dabam.
Altéra nam terris opéra exstant, altéra cœlo;
Urbs me Joannem flos tulit Etruriæ.
« Qu’on ne me loue pas d’avoir été un autre Apeiles, mais de ce que je donnais à vos pauvres, ô Christ, tout ce que je gagnais. Les peintures sont pour la terre, les aumônes pour le ciel. La ville, fleur de l’Étrurie, m’a donné le jour et le nom de Jean. »
(Voir E. Cartier, Vie de Fra Angelico de Fiesole. i vol. in-8. Paris, Poussielgue.)
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INTRODUCTION
ration. Que de douceur, que de persévérance dans le travail, que de patience dans la douleur! Sa vie, en apparence si paisible et si exclusivement vouée au prochain, fut à beaucoup d’égards un long martyre, où l’homme intérieur et l’homme de chair souffrit également. Il eut, qui le croirait? des tentations violentes contre la foi, et il fut presque toute sa vie malade. Ainsi tant d’œuvres qui semblaient n’être que l’effet naturel d’une organisation comme formée à dessein pour agir dans la plénitude sereine de sa liberté et de sa force, étaient