CHARITÉ ENVERS LES ENFANTS ABANDONNES
Portrait de l’empereur Constantin, auteur du premier édit en faveur des enfants abandonnés. D’après une médaille du temps. — Au revers, l’empereur, assis sur une cuirasse, remet le globe à son fils Crispus, vainqueur de la flotte de Licinius ; une panthère, figurant l’ennemi vaincu, courbe la tête en signe de soumission.
une victoire continuelle de la volonté dans un combat continuel contre la chair et contre l’esprit.
Rien ne saurait exprimer son détachement pour les biens de ce monde, ou plutôt l’horreur qu’ils lui inspiraient. A l’entendre, on se prend à croire que ce qu’il aurait surtout voulu laisser de lui-même à ses deux congrégations, c’était son amour pour la sainte pauvreté. Il en parlait souvent, toujours avec cette éloquence à laquelle nulle autre ne ressemble.
« La plus grande gloire de Dieu, dit Abelly, et l’accomplissement de sa très sainte volonté, c’était là l’unique but auquel ce bon serviteur de Dieu a toujours visé, en tous ses desseins et en toutes ses entreprises ; c’était là où tendaient toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses intentions; et enfin, c’était là qu’il s’efforcait de porter les autres, par ses avis, conseils, exhortations, et par toutes les assis-
INTRODUCTION
tances spirituelles et temporelles qu’il leur rendait; il ne prétendait en tout et partout, sinon que le nom de Dieu fût sanctifié, son royaume augmenté, et sa volonté accomplie en la tene comme au ciel : voilà où son esprit regardait et où son cœur aspirait incessamment. »
Nous avons esquissé le caractère de saint Vincent de Paul; laissons un évêque nous expliquer le mystère de sa vie. Nous en tirerons ensuite quelques leçons applicables à notre temps.
« A considérer la multitude innombrable des pauvres que saint Vincent a fait subsister, les familles abattues qu’il a relevées, les provinces entières qu’il a secourues, tant au dedans qu au dehors de ce royaume, les hôpitaux qu’il a soutenus, ces deux nouvelles congrégations, toutes deux consacrées ou à l’instruction ou au service des pauvres, qu’il a formées, qu’il a fondées, qu’il a établies et étendues dans toute la France, presque dans toute l’Europe, et jusqu’au-delà des mers, ne dirait-on pas que tant de merveilles ne pourraient être que l’ouvrage de la magnificence d’un roi ? On le dirait sans doute, et on ne dirait pas assez. Les rois reconnaissent des bornes à leur empire, la charité n’en connaît point. Celle de saint Vincent a franchi les limites de ce vaste royaume. Mais que dira-t-on, quand on verra que tout cela s’est fait comme de rien, par un homme qui n’avait rien, qui n’y pensait pas, et qui, sans rien avoir, donnait toujours, établissait toujours sans jamais épuiser les sources d’où il tirait tous ces secours? Ce n’est pas encore tout; plus on avance, et moins on approfondit le prodige. Il y a des choses surprenantes, mais qui passent; ici tout surprend et tout subsiste : rien ne tombe, tout se soutient, tout s’agrandit et se multiplie au milieu des débris et des ruines du monde. Quelle est donc cette main invisible qui fait de si grandes choses et qui les maintient dans l’ordre où elle les a faites? Ce n est pas la main de l’ambition, qui, pour s’élever, commence par tout détruire; ce n est pas la main de la vanité, dont les productions , stéiiles ne font que passer, deviennent à rien : c’est la main de la di\ine chai ité, qui, par le ministère de l’humble Vincent, a opéré toutes ces merveilles, et qui seule, malgré la décadence des siècles,
Sarcophage du cinquième siècle trouvé à Salone et publié dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, par M. Albert Dumont.
D’après l’opinion de M. Edmond Ee Blant, ce bas-pelief représente : au centre, le Bon Pasteur, inspirateur de la charité; et, de chaque côté, le mari et la femme entourés d’esclaves affranchis par eux. Les affranchissements furent, en effet, nombreux dans les premiers siècles chrétiens.
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saura bien les maintenir. Vous n’en serez pas étonnés, quand vous saurez ce que c’est qu’un homme véritablement animé par la charité. Saint Jean nous l’apprend. Celui-ci, nous dit-il, qui demeure dans la charité, demeure dans Dieu, et Dieu demeure en lui : Qui manet in charitate , in Deo manet , et Deus in eo. (Joaxn., c. ix.) Si cet homme est dans Dieu et que Dieu soit en lui, il est donc à la source de tout bien, source nécessairement universelle et intarissable : universelle pour couler partout, et intarissable pour couler toujours ; et telle fut la charité dont saint Vincent fut embrasé : elle fut véritablement une source universelle de bien pour tous les pauvres. Dieu, qui le destinait a fournir à tous leurs besoins, avait fait de son cœur comme un canal d où les eaux sortaient en abondance et allaient arroser toutes les terres les plus desséchées et les plus appauvries ; la charité lui avait
mis en main la clef de tous les cœurs, il en eut bientôt les trésors h »
Aux siècles de foi, on distinguait deux situations bien différentes dans la pauvreté. Il y avait la misère, qui était un mal, mais un mal accidentel que la charité guérissait; et la pauvreté proprement dite, qui était un état normal parfaitement acceptable aux yeux de la charité même, parfaitement accepté de ceux qui s’y trouvaient par la volonté de Dieu. La misère était résignée, la pauvreté était contente. Par l’assistance chrétienne et par le travail, on montait de la misère à la pauvreté, comme aujourd’hui de la pauvreté à l’aisance. On appelait volontiers aisance ce que nous appelons aujourd’hui pauvreté et meme misère. Quiconque possédait des outils et la santé, s’estimait pourvu, vivait joyeux parmi ses égaux et dormait tranquille sur 1 oreiller de la Providence, après lui avoir fidèlement demandé le pain c chaque jour. La chante s’appliquait à maintenir ou à rétablir au moins l'équilibre du strict nécessaire entre une gêne tolérable et
i. MongiXj éveque de Bazas.