‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 104 sur 236 · SAINT VINCENT DE PAUL NOURRIT LA LORRAINE · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL NOURRIT LA LORRAINE

Tableau de M. Lecomte du Nouy dans l’église de la Sainte-Trinité, à Paris, dix-neuvième siècle. — Pendant plus de dix années. Vincent ne cessa de secourir ces malheureuses provinces ravagées par la guerre et la famine.

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L’INFLUENCE

qu’il fallait en laisser la conduite à ceux qui en avaient la charge, l’humble prêtre s’était trouvé par les claires vues de la foi du parti des Marillac et des Bérulle, du parti opposé aux combinaisons d’un gouvernement qui, tout en réprimant à l’intérieur la rébellion de l’hérésie et en maintenant contre les factieux l’unité nationale, poursuivait à l’étranger l’abaissement de la maison d’Autriche par l’alliance de la France avec les Etats réformés. « Convenait-il, en effet, demande l’histoire, que la France, qui venait de s’affirmer au dedans comme puissance catholique, s’alliât au dehors aux princes protestants pour battre en brèche la puissance qui soutenait alors avec le plus d’éclat en Europe la lutte des vieilles sociétés catholiques contre les propagateurs de doctrines nouvelles? La France, en favorisant l’établissement dans le Nord d’Etats protestants encore jeunes et en ce moment peu redoutables, ne se préparait-elle pas des dangers pour l’avenir, ne s’exposait-elle pas à avoir un jour à compter avec ses alliés d’aujourd’hui et à être châtiée par eux d’avoir sacrifié ses intérêts catholiques à l’ambition d’assurer pour quelque temps, sur les ruines de la maison d’Autriche, sa prépondérance en Europe ? » Ainsi pensait l’illustre chancelier, appuyé par la reine mère Marie de Médicis et la jeune reine Anne d’Autriche ; ainsi pensaient avec lui les plus vertueux personnages, le P. de Bérulle, Emmanuel de Gondi, l’ancien général des galères devenu prêtre de l’Oratoire, le savant et pieux Cospéan, évêque de Lisieux, les femmes éminentes enrôlées au service de la charité ou placées à la tête des couvents, les communautés de prêtres, les congrégations religieuses, tous les vrais amis de l’Église enfin. Plus que personne, Vincent considérait les affaires publiques au point de vue surnaturel ; sa politique était toute chrétienne et française par là même. Comment aurait-il pu approuver ces fausses alliances qui allaient livrer l’Allemagne catholique à l’invasion du protestantisme et faire de la France très chrétienne le champion et le complice de l’hérésie ?

Dans l’opposition ouverte de Michel de Marillac, Richelieu n’avait vu qu’un complot contre sa puissance. Il n’entendit, dans la supplication respectueuse de Vincent de Paul, ni la voix de l’Église qui lui

reprochait d’avoir appuyé la Réforme au moment où elle pliait sous les armes victorieuses des Tilly et des Waldstein, ni la voix de la France qui l’accusait de préparer l’avènement de l’empire prussien en fondant, avec le Suédois Gustave-Adolphe, la suprématie du protestantisme en Allemagne. La paix que voulait le serviteur de Dieu, ce n’était pas non plus le traité de Westphalie, où à travers les avantages du moment se dressaient pour l’œil chrétien les menaces de l’avenir. Avec cette paix, aussi funeste à la religion qu’à la patrie, disparaissait l’unité catholique dans laquelle l’Europe avait grandi ; la république chrétienne des États, fondée sur la communauté de foi, faisait place à une politique humaine d’équilibre, étroite dans sa conception, fragile dans ses bases, qui devait à son tour aboutir, après la destruction des traités, à cette politique de la force dont l’Europe est aujourd’hui la proie.

Ici, l’humble charité de Vincent de Paul avait vu de plus haut et de plus loin que la superbe diplomatie de Richelieu. Avec son grand sens chrétien, sa finesse, son esprit pratique, le serviteur des pauvres eût été aussi un grand homme d’État. Sa vertu le fit entrer malgré lui dans les conseils du gouvernement. Livré à lui-même après la mort de son impérieux ministre, Louis XIII avait été pris d’un dégoût du pouvoir qui hâta la maladie de langueur dont il souffrait depuis plusieurs années. Bientôt, sentant que son heure dernière était arrivée, le roi voulut s’entourer de tous les secours de la religion. Avec son confesseur ordinaire et ses aumôniers, il manda aussi Vincent à Saint-Germain-en-Laye. Le consolateur vint à lui, avec une parole de la sainte Écriture à la bouche : « Sire, dit-il en s’approchant avec respect et tendresse du lit du royal moribond, celui qui craint Dieu s’en trouvera bien à son dernier moment. — Et il sera béni au jour de sa mort», ajouta le roi, qui avait compris la pensée du saint. Il y eut un peu de mieux et Vincent s’éloigna; mais trois jours avant sa fin le roi le fit rappeler, et l’homme de Dieu ne le quitta plus. Le roi, doucement résigné à la mort, lui demandait quelle était la meilleure manière de s’y préparer. « Sire, répondait le saint, c’est d imiter celle dont Notre-Seigneur se prépara à la sienne

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