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et de se soumettre entièrement et parfaitement, comme il lit, à la volonté du Père céleste. — O Jésus, reprenait le dévot prince, je le veux aussi de tout mon cœur. Oui, mon Dieu, je le dis et le veux dire jusqu’au dernier soupir de ma vie : Fiat voluntas tua ! » Le médecin, consulté, lui déclare qu’il n’a plus que deux ou trois heures à vivre. « Eh bien, mon Dieu, dit le roi en joignant les mains et en regardant le ciel, j’y consens et de bon cœur. » Et tendant son bras amaigri à Vincent : « Voyez, monsieur Vincent, est-ce là le bras d’un roi ? Vous voyez ce que c’est que des rois aussi bien que des autres hommes ! » L’heure suprême est arrivée ; les médecins comptent les minutes. « Mon Dieu, murmure encore le monarque, recevez-moi à miséricorde ! » Les prières de la mort commencent et Louis XIII expire entre les bras de Vincent de Paul. Grande et douce agonie d’un pieux roi consommée au milieu des entretiens d’un saint ! « Depuis que je suis sur la terre, écrivait Vincent, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »
Dans les projets de gouvernement que le moribond faisait encore, avec une résignation toute chrétienne à la volonté de Dieu, il avait dit à Vincent de Paul, en lui parlant de la nécessité de travailler à la conversion des protestants et de bien pourvoir les bénéfices ecclésiastiques : « Oh ! monsieur Vincent, si Dieu me rend la santé, je ne nommerai personne à l’épiscopat qui n’ait passé trois ans avec vous. » Ce projet repris par Anne d’Autriche allait faire entrer Vincent de Paul dans la politique.
Richelieu mourant avait légué Mazarin à Louis XIII. L’adroit cardinal sut s’imposer à la reine régente. Peut-être ses intrigues pour se maintenir au pouvoir n’eussent-elles pas réussi sans Vincent de Paul. Écrasée sous le règne précédent par l’influence hautaine de Richelieu, Anne d’Autriche était disposée à écarter des affaires tous les favoris de ce ministre, et déjà Mazarin feignait de se croire en disgrâce. Mais pendant que d’autres vantaient à la reine les talents de l’homme d’État, Vincent de Paul lui conseillait le pardon des injures. Sa conscience la décida, autant que l’intérêt politique, à prendre pour premier ministre 1 habile Italien. Vincent ne voyait-il pas dans l’élève
L’INFLUENCE
un continuateur de la politique du maître, ou craignait-il que la reine, en n’écoutant que son ressentiment, entrât dans une funeste voie de représailles ? Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il donna le conseil de la charité ; mais le successeur de Richelieu ne tarda pas à rencontrer en face de lui l’homme de Dieu.
Chargée du gouvernement du royaume, Anne d’Autriche forma un conseil de conscience pour le règlement des affaires ecclésiastiques ; elle y appela, avec Mazarin, le chancelier Séguier, les évêques de Beauvais et de Lisieux, le grand pénitencier de Paris, et Vincent de Paul, qui en fut établi le chef. Par là, l’humble prêtre avait entrée et
rang à la cour. Ce fut le commencement de ses douleurs. A peine
investi de cette charge, il n’eut plus d’autre pensée que de s’en démettre. C’était l’estime publique, au rapport de Lamoignon, qui avait porté la reine mère à l’appeler dans son conseil ; c’est la confiance qu’elle avait en sa sagesse et l’autorité du cardinal de La Rochefoucauld qui l’y retinrent malgré lui dix ans.
Toutes les œuvres de Vincent de Paul reçurent de son élévation en
dignité une impulsion nouvelle. C’est alors surtout qu’il se montra le
bienfaiteur de l’Eglise, le protecteur des ordres religieux. C’est dans
ce haut poste qu’éclatèrent le plus et sa profonde humilité, et son
saint zèle pour les intérêts de Dieu, et son beau désintéressement, et
• * m sa patience plus admirable encore au milieu des persécutions. L’Eglise
lui dut de bons choix d’évêques, une juste distribution des bénéfices
ecclésiastiques, la suppression des abus de simonie, et de salutaires
réformes sur les pensions, les coadjutoreries et les dévolus. Ferme
contre toutes les obsessions, inaccessible aux prières aussi bien qu’aux
menaces, il ne prenait conseil que de sa conscience et du bien de la
religion. « Jamais cette âme forte et robuste, proclame l’Église par la
voix de Clément XII, ne voulut, au détriment de l’héritage du Christ
et aux dépens de la Croix, se faire des amis puissants, ou conjurer
par peur les maux dont le menaçaient ses ennemis. »
Sa mission au conseil des affaires ecclésiastiques était des plus difficiles. Combien de fois le bon prêtre ne demanda-t-il pas à en être déchargé! Il lui fallait résister aux sollicitations les plus pressantes,
déplaire aux protecteurs les plus puissants, affronter les colères les plus impétueuses. Un jour, une dame de la cour demande à la reine elle-même l’évêché de Poitiers pour son fils. La reine promet, en lui disant d’avertir le supérieur de la Mission qu’elle l’attend le lendemain pour signer la nomination. La duchesse court à Saint-Lazare, signifie l’ordre de la reine et, sans attendre d’explications, s en va. Le lendemain, Vincent se rend au Louvre, un papier à la main. « Ah ! lui dit la reine, c’est la nomination à l’évêché de Poitiers que vous m’apportez à signer ? » Mais le papier était blanc. « Gomment, reprit la régente étonnée, n’avez-vous pas rédigé la nomination ? — Pardonnez-moi, madame, répond modestement le saint, si Votre Majesté est déterminée à ce choix, je la prie d’écrire elle-même sa volonté, à laquelle je ne puis, en conscience, prendre aucune part. » La reine insiste ; Vincent lui fait connaître l’indignité du sujet. Effrayée, elle retire sa parole et le charge d’arranger l’affaire. Vincent se rend chez la duchesse, raconte sa conférence avec la reine, et l’exhorte, par son salut éternel, à se départir de sa prétention et à profiter de la circonstance pour faire rentrer son fils dans le devoir ; il lui dit aussi le chagrin de la reine, mais, « elle compte, ajoute-t-il, sur votre religion ; elle ne doute pas que, en y réfléchissant, vous ne lui sachiez gré dans quelques jours, comme vous ferez éternellement, de vous avoir retiré sa parole. » A ces mots la duchesse, hors d’elle-même, se lève, accable Vincent de ses outrages et de sa fureur, elle saisit un tabouret, le lui lance à la tête et lui fait au front une blessure d’où le sang jaillit avec abondance. Vincent, presque renversé à ce coup, se retire sans rien dire, couvrant de son mouchoir son visdge ensanglanté. Cependant le frère qui l’accompagnait et qui avait entendu le bruit, le voyant dans cet état, devine tout et, transporté d’indignation, s’élance vers l’appartement. Vincent le retient, l’entraîne à la porte et lui dit doucement en sortant : « N’est-ce pas une chose admirable de voir jusqu’où va la tendresse d’une mère pour son fils ? » Il fait promettre le secret au frère, et l’on crut à Saint-Lazare que sa blessure, qu il ne pouvait cacher, provenait d’une chute.
Son incorruptibilité lui valut souvent de malveillantes railleries; sa