‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 106 sur 236 · DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Le conseil est présidé par la reine Anne d’Autriche; les assistants, outre saint Vincent, le jeune roi Louis XIV et le cardinal Mazarin, sont le chancelier Séguier et Charton, grand pénitencier de Paris. Dans le conseil de conscience, on traitait de toutes les affaires de la religion et l’on examinait les qualités de ceux qui prétendaient aux bénéfices et aux dignités de l’Eglise.

i-irt

, y . --jy? *. .' y : ... '.y, , , „ . v.y ■ .•< j\ ■... .

■- -■ y-y ’ : ■' ‘il ..-'J, . y I ■! •/ i y.

L’INFLUENCE

vertu ne fut même pas à l’abri de la calomnie. On l’accusait d’exagération et d’intolérance dans son désir du bien. Il acceptait patiemment l’injustice, sans chercher jamais à se justifier. Dans les efforts que quelques-uns faisaient pour le desservir auprès de la reine ou du ministre, il ne voyait qu’un heureux moyen d’être débarrassé d’un fardeau trop lourd pour sa faiblesse. Loin de répondre aux attaques de l’amour-propre froissé ou de l’ambition déçue, il en prenait occasion de s’humilier davantage. « Vous êtes un vieux fou », lui dit un jour un jeune gentilhomme mécontent. — « Vous avez raison, mon fils, répond le vieillard en tombant à ses pieds, et je vous demande pardon de l’occasion que je puis vous avoir donnée de me dire de telles paroles. » Une autre fois, la reine lui disait en riant : « Savez-vous bien, monsieur Vincent, ce qu’on dit de vous? — • Madame, répond-il aussitôt, je suis un grand pécheur. — Mais, objecte la reine, vous devriez vous justifier. — On en a bien dit d’autres contre Notre-Seigneur, repartit le saint, et il ne s’est jamais justifié. » Un ecclésiastique indigne, écarté d’un bénéfice, osa dire partout que si Vincent n’avait pas été pour lui, c’est que lui-même n’avait pas voulu l’acheter. Cette fois, le saint s’émeut et il va écrire pour se disculper. Mais dès les premières lignes : « O misérable, se dit-il à lui-même, à quoi penses-tu? Quoi! tu veux te justifier! et voilà que nous venons d’apprendre qu’un chrétien, faussement accusé à Tunis, a demeuré trois jours dans les tourments et enfin est mort sans proférer une parole de défense, quoiqu’il fût innocent du crime qu’on lui imputait, et toi, tu veux t’excuser ! Oh ! non, il n’en sera pas ainsi ! » Et il déchire la lettre commencée.

Les plus illustres de ses contemporains ont rendu hommage à cette vertu, à cette sagesse, à cette force incomparables. «Dans l’homme de Dieu, proclamait Fénelon , brillaient un incroyable discernement des esprits et une fermeté singulière. N’ayant égard ni à la faveur ni à la haine des grands, il ne consulta que l’intérêt de l’Eglise lorsque, dans le conseil de conscience, par l’ordre de la reine Anne d’Autriche, mère du roi, il disait son avis sur le choix des évêques. Si les autres conseillers de la reine eussent adhéré plus

constamment à cet homme, à qui l’avenir semblait dévoilé, on eut écarté de la charge épiscopale certains hommes qui ensuite ont excité de grands troubles.» Après Fénelon, c’est Lamoignon qui dépose que : « dans les occasions difficiles il parla avec une fermeté digne des Apôtres; toutes les considérations humaines ne purent l’engager à dissimuler tant soit peu la vérité, et il ne se servit jamais de la confiance des grands que pour leur inspirer les sentiments qu’ils devaient avoir. » Ayant en main la feuille des bénéfices ecclésiastiques, il n’eût tenu qu’à lui de pourvoir, dans l’intention la plus pure, ses maisons et ses oeuvres de revenus, utiles surtout aux pauvres; mais son intégrité, son abandon absolu en la Providence, lui interdisaient de profiter des avantages les plus légitimes. « Il a fait, disait le chancelier Le Tellier, plus de bonnes oeuvres en France, pour la religion et

pour l’Eglise, que personne que j’aie connu; mais j’ai particulièrement remarqué qu’au conseil de conscience, où il était le principal agent, il ne fut jamais question ni de ses intérêts, ni de ceux de sa congrégation, ni de ceux des maisons ecclésiastiques qu’il avait établies. » Ce n’était pas cependant qu’il ne fût sollicité d’agir en faveur des siens. On vint lui dire un jour qu’un magistrat en grand crédit, qui sollicitait une abbaye pour son fils, s’engageait en échange à le faire rentrer dans tous les droits et revenus dont on avait privé Saint- Lazare : « Pour tous les biens de la terre, répondit Vincent, je ne ferai jamais rien contre Dieu ni contre ma conscience. La compagnie ne périra point par la pauvreté; c’est par manque de pauvreté plutôt qu’il est à craindre qu’elle ne vienne à périr. »

Qui dira mieux que ceux qui l’ont vu à l’œuvre la conduite du saint dans les conseils du gouvernement? «J’étais bien jeune, rapporte Le Pelletier, quand je vis au Louvre le serviteur de Dieu, et je l’y ai vu bien des fois. Il y paraissait avec une modestie et une prudence pleines de dignité. Les courtisans, les prélats, les ecclésiastiques et autres personnes, lui rendaient par estime de grands honneurs; il les recevait avec beaucoup d’humilité. Sorti du conseil, où il avait décidé du sort de ce qu’il y avait de plus grand dans le royaume, il était aussi commode, aussi familier avec le dernier des hommes que parmi

C/3 rt

C Cu

o eu

rt ‘îj

Gou

mbatl

S fy3

^-i HJ

« *rj

ai

cj

O rH

pc

T3 ctf

cd o

eu £

Xi .H.

ai

rt

eu

^ HJ

Page 1