‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 109 sur 236 · ai · texte numérisé non relu

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nal de Retz était l’âme. Des intrigues de femmes, auxquelles étaient mêlées les duchesses de Longueville, de Chevreuse et de Montbazon, attisaient la révolte.

Devant une nouvelle guerre civile, Vincent de Paul résolut de s’interposer pour la paix. Après avoir prévenu le premier président Molé, il se rend secrètement auprès de la reine avec le frère Du Courneau, son compagnon habituel, traverse, au péril de sa vie, les avants-postes et les eaux débordées de la Seine, et arrive à Saint- Germain après de longues heures de route. Et que vient- il

demander à la reine ? La retraite de l’étranger, objet de la haine

publique, la disgrâce du favori, source des troubles de l’État. C’est au nom d’un million d’innocents livrés à la famine pour la punition de quelques coupables, au nom du bien public qu’il parle, et ce qu’il dit à la reine, il le répète en face à Mazarin lui-même. « Monseigneur, cédez au temps, et jetez-vous à la mer pour calmer l’orage. — Voilà une semonce bien vive, reprend Mazarin, et personne ne m’a osé tenir un tel langage. Néanmoins, notre père, je m’en irai, si M. Le

Tellier est de votre avis. » Ni Le Tellier, qui devait sa fortune à

Mazarin, ni la reine, dominée par l’astucieux ministre, ne furent de l’avis de Vincent de Paul.

Après cette démarche, dont il attribuait l’insuccès à ses péchés, Vincent ne pouvait plus reparaître à Saint-Germain, ni rentrer à Paris. Ici, l’homme de la paix était devenu suspect au parti de la Fronde, et là, désagréable à la cour. Il vint se réfugier à Villepreux, chez le P. de Gondi. Pendant ce temps-là, une troupe de frondeurs pillait Saint-Lazare, et des bandes de l’armée royale dévastaient la ferme d'Orsigny, près de Versailles, principale source de revenus de la Congrégation. A la nouvelle de ces désastres, Vincent s’écriait : « Dieu soit béni! Dieu soit béni!» Puis il prenait des mesures pour alléger Saint- Lazare d’une partie de ses charges et pour continuer la distribution du blé aux pauvres de la capitale. Son espèce d’exil lui fut une occasion d’exécuter le projet, qu’il avait depuis longtemps formé, de visiter les maisons de la Compagnie. A soixante-treize ans il se mit en route, malgré les difficultés et les dangers du voyage, ajoutant aux

SAINT VINCENT DE PAUE

rigueurs de la saison celles d’une pénitence plus dure encore. De Villepreux il se dirige vers le hameau de Fréneville, près d’Étampes, où la Mission possédait une petite ferme. Les neiges l’y retiennent près d’un mois ; alors il reprend sa vie de missionnaire, prêchant les villageois, catéchisant les petits enfants, distribuant des provisions, des vêtements et des outils aux nécessiteux. Les maisons du Mans, d’Angers, de Rennes, de Saint-Méen, de Nantes, de Luçon, reçurent tour à tour sa visite au milieu de l’allégresse de ses enfants. Il avait échappé plusieurs fois aux périls de la route et aux périls de la guerre, et dans toutes les stations il s’était prodigué pour les siens ou pour les pauvres. De Luçon, il se proposait d’aller à Saintes et de pousser ensuite à travers la Gmçenne jusqu’à Marseille ; mais un ordre de la reine le rappela à Paris.

Les milices mal aguerries et indisciplinées de la Fronde, quoique très supérieures en nombre, n’avaient pu tenir tête longtemps à l’armée royale, commandée par Condé. Les Espagnols étaient intervenus, et le Parlement, que les excès de la guerre civile lassaient, se voyait dans la nécessité de traiter avec la cour ou avec l’étranger. Des négociations, ouvertes par le premier président Molé, l’ami de Vincent de Paul, avaient rétabli la paix et ramené la cour dans la capitale. Vincent obéit a la régente, mais à Richelieu il tomba malade, épuisé des fatigues d’un si long voyage. Il lui fallut prendre pour revenir le petit carrosse que la duchesse d’Aiguillon lui envoya, ce carrosse dont l’obéissance à la reine et à l’archevêque de Paris l’obligea de se servir le reste de ses jours, et qu’il appelait son ignominie. Rentré à Paris, Vincent, moins préoccupé des désastres de Saint-Lazare que des injures faites à Dieu, entreprit d’abord avec ses prêtres des pèlerinages expiatoires dans les églises de la banlieue profanées pendant la guerre; il songea tout de suite aussi aux pauvres. « Les pauvres, écrivait-il alors à Alméras, son futur successeur, les pauvres qui ne savent où aller ni que faire, qui souffrent déjà et qui se multiplient tous les jours, c’est là mon poids et ma douleur! »

La paix de Rueil ne fut pas de longue durée ; des factions hostiles et violentes s’agitaient à la faveur du mécontentement général contre

L’INFLUENCE

Mazarin. Coudé, enivré de ses succès, entraîné par sa sœur, la duchesse de Longueville, traitait la cour avec une hauteur insupportable. A la tète d’un parti de jeunes seigneurs, ambitieux et vains, il prétendait tenir en échec l’autorité royale. Ses insolences n’humiliaient pas moins les anciens frondeurs vaincus par lui. Il est arrêté avec son frère, le prince de Conti, et son beau-frère, le duc de Longueville ; c’est le signal des hostilités. Les premiers soulèvements sont apaisés en Guyenne et en Champagne ; mais à Paris une nouvelle coalition se forme, à l’instigation du coadjuteur de Gondi, contre le cardinal, devenu plus puissant que jamais. La vieille Fronde s’unit à la jeune, le duc d’Orléans rompt avec la reine, le Parlement réclame la mise en liberté des princes et décrète l’expulsion de Mazarin. Le ministre, effrayé, va lui-même délivrer les prisonniers au Havre et se réfugie à l’étranger, d'où il continue à gouverner le royaume. Condé entre triomphalement à Paris avec les princes; mais les deux Frondes, rapprochées par la haine de Mazarin, se divisent de nouveau. Trois partis se forment. Pendant que le duc de Bouillon et Turenne, redevenu fidèle, sont avec le roi, Gaston d’Orléans et le coadjuteur se mettent à la tète du Parlement et du parti des anciens frondeurs, et Condé entraîne la noblesse à sa suite.

Le vainqueur de Rocroy, après avoir couronné de lauriers le berceau de Louis XIV, inaugure la majorité du roi par une nouvelle guerre civile. Allié de l’Espagnol, il accourt du fond de la Guyenne, passe à travers l’armée royale, menace d’enlever la cour, où Mazarin est revenu régner, arrive jusqu’à Paris, poursuivi par Turenne, qui eut écrasé l’insurrection à la sanglante journée du faubourg Saint- Antoine, sans le canon de la Bastille tiré par mademoiselle de Montpensier contre les troupes du roi. Malgré la populace qu’il soulève, Condé ne réussit pas à se maintenir longtemps dans Paris, en face du parti de la vieille Fronde, et il est réduit à se jeter dans les bras des Espagnols, pendant que Mazarin, pour ôter tout prétexte à la guerre civile, se retire à Sedan.

Au milieu de ces troubles confus, le rôle de Vincent de Paul fut d’être le nourricier du peuple et l’ambassadeur de la paix. Sa première

ressource, c'est un redoublement de privations qu’il s’impose à lui-même et qu’il fait partager aux Missionnaires et aux Filles de la charité de toutes les maisons; son principal instrument de diplomatie, c’est la prière. A Saint-Lazare, il institue devant l’autel une faction permanente d’expiation et de pénitence ; il envoie les Dames de la charité aux sanctuaires consacrés aux saints patrons de Paris et de la France; dans toutes les communautés religieuses dont il est le directeur, il forme une ligue de prières et d’austérités ; il étend, par les évêques, cette sainte propagande aux provinces, et enfin il intéresse le Souverain Pontife lui-même à la cause de la paix. Ce n’est pas assez. Pendant qu’il détourne des intrigues et des armes un argent que sa charité reporte vers les pauvres, il s’interpose entre le roi et les princes. Lui seul, dans ce conflit d’intérêts, est au-dessus des partis. A ses yeux, la politique de Mazarin ne justifie pas une révolte où il y a plus d’ambition que d’amour du bien de l’État; mais il estime aussi que Mazarin ne doit pas rester un prétexte de guerre, un obstacle à la paix. Il va de Saint-Denis à Paris, de la cour au palais des princes, donnant des conseils de sagesse, portant des messages de conciliation. Dans le tumulte des factions, il ouvre l’avis le plus propice à la paix.

Il venait, en conseillant à Mazarin de quitter une seconde fois le royaume, de désarmer le Parlement. Les princes 11’avaient plus sujet de continuer la guerre. Que restait-il au roi, sinon à rentrer à Paris, dont le départ de Condé lui ouvrait les portes, à y rétablir l’autorité royale et à mettre un terme aux misères du peuple ? C’était le conseil de Vincent de Paul, le vœu de là population; mais Mazarin ne veut pas que le roi rentre à Paris sans lui, et il lui faut un retour triomphant. Vincent persuade le jeune monarque, et en même temps il adresse au ministre un mémoire de véritable homme d’Etat, pour réfuter les objections de l’égoïsme et exposer les raisons du sacrifice. Un mois après, le 2 5 octobre 1662, Louis XIV rentrait à Paris au milieu des acclamations universelles. Mazarin aussi y revenait derrière lui, ramené par le roi, et plus puissant que jamais ; du moins la pacification était faite, et la Fronde apaisée ne parut bientôt plus, dit Bossuet, « que le dernier effort d'une liberté remuante qui allait céder

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