‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 12 sur 236 · CHARITÉ DE SAINT MARTIN ET DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

CHARITÉ DE SAINT MARTIN ET DES ÉVÊQUES

Fresque peinte d’après les cartons de M. Viollet-le-Duc, à Notre-Dame de Paris, dix-neuvième siècle. — A gauche, saint Martin donnant la moitié de son manteau à un pauvre; au centre, Jésus-Christ, source et modèle de la charité, apparaît à saint Martin, revêtu du manteau donné au pauvre; à droite, saint Martin, évêque, embrassant un lépreux à la porte d’Amiens. — Dans les premiers siècles chrétiens, les maisons épiscopales étaient de véritables établissements de charité où les enfants recevaient l’instruction, les pauvres l’aumône, les pèlerins l’hospitalité.

INTRODUCTION

l’absolu dénuement. Matériellement, elle ne se proposait pas plus; on ne lui demandait pas davantage. Son action consistait surtout à compenser l’absence des biens temporels par 1 abondance des biens spirituels, qui sont la foi, l’amour, l’espérance, c’est-à-dire la paix et l’allégresse au sein des privations et de l’humilité. Sans négliger le reste, saint Vincent de Paul s’y employait d’abord. Il prenait grande compassion des pauvres qui ne connaissaient pas Dieu, il secourait par l’aumône ceux qui manquaient du nécessaire, s’efforçant de les éclairer tous, ne se proposant jamais d’en enrichir aucun. Ceux qui connaissaient Dieu et qui gagnaient leur vie, si rudement et si modiquement que ce fut, loin de s’apitoyer sur eux, il les enviait, parce qu’il leur était plus facile de vivre sans péché et d’acquérir les biens éternels. Quand il les avait mis dans cette condition, son oeuvre était faite; quand il les y trouvait, il n’avait rien à faire. Malgré les offres de ses puissants amis, il refusa d’élever sa chrétienne et quasi-indigente famille. Un mot eût suffi, sans porter le moindre préjudice à personne, sans tirer un denier du trésor des pauvres. Il préféra pour ses parents la pauvreté, comme il l’avait préférée pour lui-même et pour sa Congrégation.

L’accusera-t-on de dureté de cœur? Dira-t-on qu’il prenait trop aisément son parti des souffrances humaines, cet homme qui servit les pauvres toute sa vie, qui voulut être pauvre lui-même pour les mieux servir; qui se reprochait à soixante-dix-sept ans le pain qu’il mangeait, craignant de ne l’avoir pas assez mérité de ses seigneurs les pauvres; qui, un jour, ayant par mégarde fait attendre à sa porte des pauvres qui lui avaient demandé l’aumône, courut leur faire excuse à genoux? Non, personne na plus aimé, plus respecté les pauvres; et pour tout diie en un mot, les pauvres souffrants lui représentaient Jésus-Christ soufflant. Mais il savait que Ion peut être pauvre et ne point souffrir, et qu il ) a une pauvieté non seulement désirable au point de vue de la foi, mais désiiable encore par les seules lumières de la raison. A\lc tout ce que le monde a connu de sages et de saints, il disait que la pauvreté, moyennant les secours et les lumières de l’Évangile, c'st 1 ctat tcrrcstre le plus voisin du royaume d’en haut, le plus

INTRODUCTION

naturellement innocent, le plus à l’abri des tentations de l’orgueil et de la sensualité ; par conséquent l’état où l’homme a plus de chances

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