‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 111 sur 236 · SEPTIEME ŒUVRE DE MISERICORDE : ENSEVELIR LES MORTS · texte numérisé non relu

SEPTIEME ŒUVRE DE MISERICORDE : ENSEVELIR LES MORTS

D'après Abraham Bosse, dix-septième siècle. — Les missionnaires que saint Vincent envoyait sur les champs de bataille, à la suite des armées, ou dans les contrées désolées par la peste, instruits par lui, montraient un grand zèle pour rendre aux morts les derniers devoirs.

tretenaient la pitié publique. Comment n’être pas ému de ces affreuses extrémités et de la tendre reconnaissance des premiers soulagés ? A mesure que les secours arrivaient de tous les points de la capitale, Vincent de Paul organisait les envois. Seize missionnaires accompagnés de sœurs de la charité partirent successivement. Dans les premiers temps, la dépense allait à 10,000 écus par mois. En six ans elle s'était élevée à 3q8,ooo livres, et jusqu’à la paix elle atteignit un million en secours de toute espèce. Tout était ordonné par le saint pour le meilleur usage de ces sommes. Les missionnaires le tenaient au

courant de leurs dépenses, et à son tour il rendait compte aux dames de l’assemblée de l’emploi de l’argent et les consultait sur les nouveaux besoins, ne voulant rien faire de lui-même.

Mais là ne s’arrêtèrent pas ses aumônes ; les provinces de l’Est et du Nord n’avaient pas été seules à souffrir des guerres. Avec tant d’œuvres de toute sorte à soutenir, Vincent de Paul trouva encore le moyen de secourir le Berry et le Poitou, l’Angoumois, la Beauce et le Gàtinais. Dans ces vingt-cinq années de guerres civiles et étrangères terminées au traité des Pyrénées, Saint-Lazare fut comme le grenier d’abondance de la France. Grâce à Vincent de Paul, il y eut du pain et des consolations pour des multitudes qui auraient péri de détresse sans son immense charité. Paris et ses faubourgs n’en ressentaient pas moins les effets que les provinces les plus abandonnées. La deuxième Fronde avait semé plus de calamités encore que la première. D’Étampes à Pontoise, toute la campagne était ravagée et couverte de morts. Pour commencer, Vincent expédie à Etampes les missionnaires revenus de Picardie. La ville venait d’essuyer un siège rigoureux, les maisons étaient détruites, les rues infectées de cadavres. Aussitôt les envoyés établissent six grandes marmites pour la nourriture des pauvres, euxmêmes président à l’ensevelissement des morts, et en l’absence du clergé, victime de la guerre, ils multiplient leur ministère spirituel auprès des habitants. Cinq d’entre eux avec plusieurs Filles de la charité moururent à la peine. Les autres vont d’ Etampes à Lagny, puis à Athis, à Juvisy, et dans l’insuffisance des secours ils s’adressent à leur père. C’est alors qu’à l’instigation du saint, l’archevêque de Paris distribue son vaste diocèse en autant de parties qu’il y a de communautés religieuses prêtes à venir en aide au clergé des paroisses. Par ses conseils, il organise une immense expédition de charité avec son magasin général d’approvisionnement, ses convois et ses centres de distribution. A travers les ruines et la contagion, cette pacifique armée s’avance sur tous les points à la fois de l’Ile-de-France, pour porter partout secours à la faim, à la nudité. Les Sœurs de la Charité marchent à la suite des Capucins et des Jésuites, des prêtres de Saint- Nicolas et de ceux de Saint - Sulpice. Tout Paris contribue à la

Page 1