VUE DE L’ÉGLISE ET DE LA MAISON PROFESSE DES PP. JÉSUITES
De la rue Saint-Antoine, à Paris, d’après une gravure de Mérian, dix-septième siècle. L’église est aujourd’hui une paroisse (Saint-Paul-Saint-Louis) et les bâtiments de la maison professe sont occupés par le lycée Charlemagne. — A l'époque de la Renaissance les Jésuites avaient sauvé la foi et les mœurs. Par les missions et par de nombreux collèges, ils contribuèrent largement à la renaissance religieuse du dix-septième siècle. Leur suppression en 177a fut le prélude de la Révolution.
distribuent chaque jour le potage à des milliers de faméliques, elles recherchent les pauvres honteux, recueillent les réfugiés de la campagne, abritent l’honneur des jeunes filles ; malgré la misère publique, la piété compatissante sait trouver des ressources. Le clergé rivalise de zèle avec les ordres religieux ; les seigneurs, les grandes dames, les bourgeois, tous, après avoir donné leur superflu, retranchent au nécessaire. C’est une sainte émulation dans la capitale, et la charité,
messagère de la paix, prépare les cœurs à l’allégresse du retour du jeune roi.
Si jamais guerres civiles, batailles, invasions n’enfantèrent plus de douleurs et de calamités, jamais aussi la bienfaisance chrétiennne ne répandit plus de soulagements et de consolations. Dans cette période malheureuse et glorieuse à la fois, entre Richelieu et Mazarin, Vincent de Paul, plus grand qu’eux peut-être par l’esprit politique, apparaît comme le bon génie de la France, et si c’est une gloire pour les deux hommes d’Etat d’avoir présidé à la victoire et reculé les frontières du sol national, c’en est une plus grande pour lui d’avoir secouru un peuple souffrant, travaillé à la paix et ouvert les voies au règne réparateur et fécond de Louis XIV.
LE SAINT
La charité; ses sources, ses effets. — Foi, humilité, douceur de Vincent de Paul. — Traits de ses vertus. — Les miracles. — La vision des deux globes. — La journée de Vincent; occupations et austérités. — Les derniers temps de sa vie. — Mort et canonisation. — La gloire de saint Vincent de Paul.
R R i v É au bout de cette sainte carrière, on s’étonne et du nombre et de la diversité des oeuvres accomplies par la charité d’un seul homme. Aucun récit n’y suffit, et toute admiration est impuissante. La réalité ici surpasse tout. Il s’en faut bien que toutes les actions de Vincent puissent être racontées ; beaucoup même ne sont pas connues des hommes. S’il n’eût tenu qu’à lui on n’en aurait jamais rien su, tant il s’appliquait à cacher le bien qu’il faisait pour Dieu seul, et à taire tout ce qui pouvait tourner à sa louange. Mais Dieu a permis que, à travers les voiles de l’humilité, cette sainte vie apparût au regard des hommes comme une des plus éclatantes lumières allumées au flambeau de l’amour divin.
Ce que Vincent de Paul a fait, seul un saint le pouvait faire. La charité est divine. Avant Jésus-Christ elle n’existait pas, et sans lui elle ne serait plus. La nature, qui porte les hommes à s’entraider, les pousse bien davantage à se préférer aux autres. Elle ne va pas audelà d’une bienfaisance qui est plutôt une satisfaction de la sensibilité
que l'eflet d’un dévouement réel. Mais pour aimer son prochain comme soi-même, il faut l’aimer en Dieu. Par une merveilleuse réciprocité, de même que Dieu, pour se faire aimer, a dû descendre jusqu’à nous, de même l’homme doit s’élever jusqu’à Dieu pour apprendre de lui à aimer son semblable. Nous n’aimerions pas Dieu, s’il ne s’était pas montré à nous dans la similitude de notre nature, ni le prochain, si nous ne le considérions pas en union avec Dieu. Les deux amours se confondent : Dieu n’en a fait qu’une loi. Aimer Dieu par-dessus tout, et son prochain comme soi-même, c’est tout le christianisme. Le grand précepte est de s’aimer les uns les autres, comme Dieu nous a aimés. La mesure de cet amour c’est Jésus-Christ. Dieu, qui a aimé les hommes jusqu’à leur donner son Fils, leur apprend à s’aimer jusqu’à se donner aussi l’un à l’autre.
Telle a été la charité de Vincent de Paul, formée à la source de l’amour divin. Comme il aimait Jésus-Christ, il a aimé les pauvres. Là est le principe de toutes ses oeuvres, l’explication d’une vie qui est le plus grand prodige de charité que les hommes aient vu. Qui a plus aimé que lui Notre-Seigneur ? mais aussi qui a mieux enseigné et pratiqué la charité ? « Le précepte de la charité, disait-il, résume toute la loi, surtout si elle s’étend au prochain comme à Dieu... Il ne nous suffit pas d’aimer Dieu si notre prochain ne l’aime aussi, et nous ne saurions aimer notre prochain comme nous-mêmes, si nous ne lui procurons le bien que nous sommes obligés de nous vouloir à nousmêmes; c’est à savoir l’amour divin qui nous unit à celui qui est notre souverain bien. Nous devons aimer notre prochain comme l’image de Dieu et l’objet de son amour, et faire en sorte que réciproquement les hommes aiment leur très aimable Créateur, et qu’ils s’entr’aiment les uns les autres d’une charité mutuelle pour l’amour de Dieu, qui les a tant aimés que de livrer son propre Fils à la mort pour eux. »
Vincent de Paul ne connaissait pas d’autre doctrine de la charité que celle-là. Son maître en amour était Jésus-Christ. C’est Jésus-Christ qu’il prêchait pour faire aimer les pauvres; c’est lui qu’il proposait comme modèle aux vrais disciples de la charité. Ce feu divin dont il était embrasé, il le communiquait à ses frères, les Missionnaires, aux
Statue de marbre blanc, érigée dans la basilique de Saint-Pierre, à Rome, ù l’époque de la canonisation
du saint. Sculpture de Bracci, dix-huitième siècle.