JO
Filles de la Charité, en leur montrant la croix; et alors il s’écriait dans les saints transports de son cœur : « O Jésus, dites-nous, s’il vous plaît, qui est-ce qui vous a fait descendre du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre ? Quel excès d’amour vous a porté à vous humilier jusqu’à nous, et jusqu’au supplice infâme de la croix? Quel excès de charité vous a fait exposer à toutes nos misères, prendre la forme du pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse ? Où est-ce que l’on trouvera une charité si admirable et si excessive ? Il n’y a que le Fils de Dieu qui en soit capable, et qui ait eu un tel amour pour les créatures, que de quitter le trône de sa gloire pour venir prendre un corps sujet aux infirmités et misères de cette vie, et pour faire les étranges démarches qu’il a faites pour établir entre nous et parmi nous, par son exemple et par sa parole, la charité de Dieu et du prochain. Oui, c’est cet amour qui l’a crucifié et qui a produit cet ouvrage merveilleux de notre rédemption. O messieurs, si nous avions une étincelle de ce feu sacré qui embrasait le cœur de Jésus, demeurerions-nous les bras croisés, et délaisserions-nous ceux que nous pouvons assister ? Non certes, car la vraie charité ne saurait demeurer oisive, ni nous permettre de voir nos frères et nos amis dans le besoin sans leur manifester notre amour; et pour l’ordinaire les actions extérieures rendent témoignage de l’état intérieur. Ceux qui ont la vraie charité au dedans la font paraître au dehors. C’est le propre du feu d’éclairer et d’échauffer, et c’est aussi le propre de l’amour de se communiquer. Nous devons aimer Dieu aux dépens de nos bras et à la sueur de notre visage. Nous devons servir le prochain aux dépens de nos biens et de notre vie. »
Les saints, a-t-on dit, font mieux que de bien parler de la charité, ils la pratiquent. Pour Vincent de Paul, les paroles et les actions furent une même chose. Si son amour de Dieu s’éleva jusqu’à l’héroïsme de la sainteté, son dévouement pour le prochain alla jusqu’au sacrifice de la vie. A l’hôpital il affronta souvent les maladies contagieuses; tous les jours il se donnait tout entier au service des pauvres. Une fois, des soldats furieux poursuivaient devant lui un artisan. Déjà ils l’avaient atteint et ils allaient le blesser; Vincent se
LE SAINT
jette entre leurs épées et lui fait un rempart de son corps au péril de sa propre vie, espérant gagner à Dieu celui pour lequel il s’exposait ainsi. Son courage arrête et étonne les soldats, ses paroles calment leur fureur ; ils se retirent. C’est là un des traits nombreux de son amour du prochain.
Vincent de Paul n’entendait pas la charité autrement que le grand
. . (. . . • TJ
( \ \ :=Ar— '
VQ — ' T /A> '— ^