LOUIS II DE BOURBON, PRINCE DE CONDÉ
Sculpture de David d’Angers dans la cour d’honneur du palais de Versailles, dix-neuvième siècle. — l u jour, au Louvre, le grand Gondé ayant voulu faire asseoir saint Vincent de Paul à ses côtés, l'humble prêtre s’excusa en disant qu’il était « le fils d’un pauvre villageois ». A quoi Condé répondit : Moribus et vita nobilitatur homo, « c’est la vertu et le mérite qui donnent la noblesse à l’homme ».
être comparé au moindre des hommes, puisque je suis le pire. » On peut dire, en toute vérité, de sâint Vincent de Paul, qu’ « il
n’a été le plus charitable que parce qu’il a été le plus humble des hommes». C’est de l’humilité qu’il faisait lui-même découler la charité et toutes les autres vertus. « Depuis soixante-sept ans, disait-il, que Dieu me souffre sur la terre; j’ai pensé et repensé plusieurs fois aux moyens les plus propres pour acquérir et conserver l’union et la charité avec Dieu et avec le prochain; mais je n’en ai pas trouvé de meilleur ni de plus efficace que la sainte humilité, que de s’abaisser toujours au-dessous de tous les autres, ne juger mal de personne et s’estimer le moindre et le pire de tous. » Il disait encore : « L’humilité introduit dans l’âme les autres vertus; en s’humiliant sincèrement, de pécheur on devient juste. » Selon sa parole, il trouva la sainteté dans les profondeurs de l’humilité; il s’était fait le plus petit et il a fait les plus grandes choses.
Combien était parfaite cette charité inspirée de la foi la plus vive, de l’humilité la plus profonde, cette charité toute d’abnégation et de dévouement ! Vincent de Paul ne s’occupait pas seulement de soulager les maux du prochain, mais il entrait dans les souffrances des malheureux jusqu’à souffrir avec eux. Sa compassion rendait l’assistance plus douce au pauvre. Tout à tous, il s’était si bien identifié aux autres hommes que leurs peines aussi bien que leurs joies étaient siennes. Il aimait les pauvres comme Jésus-Christ les a aimés. Ses oeuvres disent sa charité, sa charité dit ses autres vertus. Il les eut toutes dans le degré le plus parfait. Chose merveilleuse ! on l’a vu exceller dans celles dont les pratiques étaient fort différentes, et cette vie, emplo}rée à des œuvres si nombreuses, si difficiles, offre le plus admirable mélange de tendresse et de force, de sagesse et de zèle, de simplicité et de prudence, d’abandon à la volonté de Dieu et de constance dans les entreprises.
Tout extraordinaire que fut la sainteté de ce fidèle serviteur de Dieu, il ne paraît pas, à en considérer les effets extérieurs, qu’elle ait été accompagnée du don des miracles ; mais, observe Abelly, « si l’on peut appeler miraculeuses les œuvres qui sont au-dessus des voies communes de la nature, qui surpassent de beaucoup ses forces et qui vont bien loin au-delà du train ordinaire du commun des chrétiens,
Au centre, la Vierge et sainte Anne sont assises ; Marie tient l'Enfant Jésus sur ses genoux. A gauche , Marie Cléophas entourée de ses enfants, Jacques le Mineur , Simon, Thaddee et Joseph le Juste. A droite, Marie Salomé et ses deux fils, Jacques le Majeur et Jean l'Evangéliste. Derrière une balustrade , on voit d'un côté saint Joseph, et Alphée, époux de Marie Cléophas, et de l’autre saint Joachim, et Zébédée, époux de Marie Salomé. Sous le premier empire , le triptyque de Quentin Metsys appartint quelque temps au Musée du Louvre. — Création merveilleuse de la Charité de Dieu envers l'humanité, « Marie résume en elle les lois de l'ordre moral et social : la sainteté, la maternité, la virginité, l'humilité ». Par elle la femme, que le paga¬
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nisme avait avilie, s’est relevée. « Le caractère delà Vierge-Mère a profondément empreint la femme moderne , l’a faite à son image; et l’art chrétien, dans les siècles de la foi, n’a si admirablement représenté ce céleste original que parce qu'il était environné de ses copies. » (Auguste Nicolas, La Vierge Marie dans le plan divin. ) « Première origine du sang de Jésus , dit Bossuet, c’est de là que commence à se répandre ce fleuve de grâces qui coule dans nos veines par les sacrements, et qui porte l’esprit de vie dans tout le corps de l’Eglise. »
— Saint Vincent de Paul professait la plus grande dévotion envers la Sainte Vierge; il propageait son culte dans les missions et faisait des pèlerinages en son honneur dans l&s grands besoins de l’Église et de l’État.
LA VIERGE-MÈRE, LE PLUS GRAND DON DE DIEU A L’HUMANITE, APRES JÉSUS-CHRIST Panneau principal d’un triptyque de Quentin Metsys, daté de i5og, au musée de Bruxelles; photogravure d’Yves et Barret, d’après la photographie de M. Fierlants, à Bruxelles.
LE SAINT
on peut aussi bien dire que la longue vie de saint Vincent a été un presque continuel miracle». On rapporte d’ailleurs de lui plusieurs prédictions et guérisons tout à fait surnaturelles. Lui-même fut préservé miraculeusement, un jour, à Saint-Lazare, d’une balle d’arquebuse qui vint tomber aplatie à ses pieds ; il défendit à ses compagnons d’en jamais parler. Dieu le favorisa aussi d’une vision extraordinaire, dont le saint dut rendre témoignage pour la glorification de la bienheureuse mère de Chantal.
Pendant que cette sainte femme était à l’agonie, quelqu’un lui avait dit : « N’espérez-vous pas que votre bienheureux père François de Sales vous viendra au devant? — Oui certes, avait-elle répondu, je m’y fie, car il me l’a promis. » Au moment même où elle expirait, saint François de Sales descendait des cieux vers elle pour la conduire à Dieu. Et dans cette scène inénarrable et mystérieuse, Dieu permit que l’ami commun de ces deux âmes angéliques assistât à leur rencontre.
« A la nouvelle de l’extrémité où était madame de Chantal, raconte l’abbé Maynard, Vincent s’était mis en prière pour elle. Il avait commencé par un acte de contrition de ses propres péchés, lorsque tout à coup il avait vu un petit globe de feu qui s’élevait de terre et s’allait joindre, dans la région supérieure de l’air, à un autre globe plus grand et plus lumineux; et ces deux globes, réduits en un, s’élevant plus haut encore, s’étaient perdus dans un troisième infiniment plus vaste et plus brillant qu’eux-mêmes. Et il lui avait été dit intérieurement que le premier globe était l’âme de madame de Chantal, le second celle de l’évêque de Genève, et le troisième l’essence divine. Vision admirable qui, dans sa réalité, était encore une vive image de l’union de ces deux saintes âmes, du principe de leur mutuelle charité, et de la consommation au ciel et dans la gloire de ce que la grâce avait opéré entre elles sur la terre.
«Quelques jours après, Vincent apprenait la mort de sainte Chantal. Dès le lendemain, il dit la messe pour elle. Arrivé au Mémento des morts, il fut tenté de la recommander à Dieu, parce que, malgré sa vénération pour « cette âme accomplie en toutes sortes
de vertus, » il lui avait entendu proférer, dans un de leurs derniers entretiens, certaines paroles qui lui « semblaient tenir du péché véniel ». Mais, une seconde fois, il eut la vision du globe, avec un vif sentiment que cette âme était bienheureuse et qu’elle n’avait pas besoin de prières; et désormais il lui fut impossible de penser à elle sans la voir dans la gloire. »
Avec son humilité habituelle, le saint raconta la vision comme arrivée à une personne de sa connaissance, assurant seulement qu’elle était «digne de foi, et qu’elle aimerait mieux mourir que de mentir». Il n’en eut point d’autre. Ces manifestations extraordinaires de la grâce n’étaient pas à ses yeux la marque de la sainteté. Loin de concevoir vanité de ce qui lui était arrivé, il disait avec tous les maîtres de la vie spirituelle : « La perfection de l’amour ne consiste pas à avoir des extases, mais à bien faire la volonté de Dieu; et celui-là entre tous les hommes sera le plus parfait, qui aura sa volonté plus conforme à celle de Dieu, en sorte que notre perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu, que la sienne et la nôtre ne soient qu’un même vouloir et non-vouloir; et celui qui excellera davantage en ce point sera le plus parfait. »
Tel était le genre de sainteté de l’humble serviteur de Dieu. Il possédait la plénitude des vertus dans la perfection de la charité. Son miracle continuel est d’avoir fait toute sa vie la volonté de Dieu en le recherchant dans toutes ses actions et en faisant toutes choses pour l’amour de lui.
Vincent de Paul n’arriva à une si haute perfection dans la vertu, à une si prodigieuse activité dans le bien, que par un renoncement complet de lui-même. Cette vie de charité a été une vie de mortification. Vincent de Paul ne prenait pour lui que le temps qu’il donnait à la prière, et il n’accordait à son corps que ce qu’il ne pouvait absolument lui refuser. Il se levait tous les jours à quatre heures, quels que fussent ses travaux de la veille et ses incommodités. Il n’avait pour lit qu’une paillasse, sans draps. Une fièvre contractée de bonne heure dans les fatigues de son saint ministère, fièvre presque continuelle qu’il appelait sa fièvrotte , changeait le plus souvent en