LA VISION DES GLOBES
D'après une gravure du dix-huitième siècle. — Saint Vincent célébrant la messe, le jour delà moit de madame de Chantal, voit un globe lumineux s’élever vers le ciel, s’unir à un autre globe qui figure I âme de saint François de Sales, puis tous deux s'élever encore et se perdre dans un troisième globe, image de l’essence divine.
cruelles insomnies les quelques heures qu’il donnait au repos. Les douleurs de ses jambes, infirmes et ulcérées depuis sa captivité, ajoutaient aux fatigues d’une nuit sans sommeil. Pendant ce temps-là il priait et méditait. Pour tout remède, il se faisait suer, et le matin, à la même heure, il quittait cette couche misérable, cette paille trempée de sueur, pour recommencer une nouvelle journée. Et quelle journée !
Dès qu’il est debout, il se prosterne en adoration. Il arrive le premier à la chapelle pour l’oraison du matin, qu’il fait à genoux, une heure durant, malgré l’infirmité de ses jambes. L’oraison, c’est la grande chose de la vie religieuse. « La congrégation de la Mission subsistera, disait le saint, autant de temps que l’exercice de l’oraison y sera fidèlement pratiqué. » Vincent s’y livrait avec une ardeur et une componction que trahissaient souvent ses soupirs d’amour. « Donnez-moi, répétait-il sans cesse, un homme d’oraison, et il sera capable de tout. » Il était cet homme, car, jour et nuit, au milieu des plus grandes occupations, des soucis les plus pressants, il se recueillait en lui-même pour méditer.
C’est à l’habitude de l’oraison qu’il dut, comme tant d’autres saints, cette force et cette présence d’esprit qu’on remarquait en lui au milieu des plus grands et des plus nombreux soucis, cette absolue possession de lui-même, cette égalité de caractère qu’il conservait en toutes circonstances et qui lui faisait accueillir tout le monde avec autant de douceur et de bienveillance que s’il n’avait pas eu d’autres occupations. « On ne le voyait jamais dissipé, dit Abel ly^ , pour quelques sortes d’affaires et occupations qui pussent lui arriver, mais toujours recueilli et présent à lui-même, et on a remarqué que pour l’ordinaire il ne rendait point de réponse à ce qu’on lui demandait, surtout si c’était une chose importante, sans faire quelque petite pause, pendant laquelle il élevait son esprit à Dieu pour implorer sa lumière et sa grâce. »
L’oraison terminée, Vincent se préparait à la messe. Presque tous les jours, il se confessait, tant il avait horreur des moindres imperfections. Il célébrait à l’autel avec une gravité et une onction qui remplissaient les assistants d’édification. Sa messe dite, il lui arrivait
souvent d’en servir une seconde, comme le plus modeste clerc. Trois ou quatre heures se passaient dans ces saints exercices, auxquels
à genoux et tète nue. Alors commençait pour Vincent la vie active. La prière lui suffit, il ne mange pas. Il remonte dans sa chambre pour vaquer aux multiples affaires qui l’attendent. Ni feu, ni cheminée dans cette cellule. Deux chaises de paille, une table de bois, un grabat, un crucifix et quelques images de papier collées au mur, c’est tout le mobilier. A quatre-vingts ans, on le força de changer de chambre, parce qu’il avait besoin d’un peu de feu pour panser ses pauvres vieilles jambes ; mais ce bois qui brûle, c’est le bien des pauvres, et il le dispute à son maigre foyer. Cependant il travaille, il écrit, il reçoit. Tout le monde a affaire à Saint-Lazare : évêques, prêtres, dames de charité, supérieurs de communauté, grands seigneurs, pauvres, y viennent tour à tour ; aucune œuvre de charité ne peut se passer de Vincent de Paul 5 il est le conseil de toutes les entreprises, la providence de tous les besoins. Ses affaires l’appellent lui-même dehors. Il sort, mais à travers les rues tumultueuses il ne voit et n’entend que Dieu. Chaque jour il a à visiter quelques-uns des établissements charitables ou des couvents qu’il dirige, à présider l’assemblée des dames et des seigneurs, ou à assister au conseil de conscience. Ici
Fac-similé de la déposition de saint Vincent de Paul pour la canonisation de madame de Chantal.
Archives de la Visitation, à Annecy.
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