LECTURE DU FAC-SIMILÉ CI-CONTRE
Nous, Vincent de Paul, supérieur géne'ral très indigne de la Congrégation des prestres de la Mission, certifions, etc.
. De la vient que je croy quelle estoyt une des plus saintes âmes que jaie
jamais cogneu sur la terre, et quelle est maintenant bienheureuse au Ciel, et que je ne fais pas de doubte que Dieu ne manifeste un jour sa sainteté, comme japrens quil fait desja en plusieurs endroits de ce Roiaume et en plusieurs maniérés, dont en voicy une qui est arrivée a une personne digne de foi, laquelle jasseure quelle aimeroit mieux mourir que de mentir.
Cette personne m’a dit quaiant eu nouvelle de l’extremité de la maladie de nostre defuncte, elle se mit a genoux pour prier Dieu pour elle ; et que la première pensée qui luy vint en lesprit fut de faire un acte de contrition des péchés quelle a commis et commet ordinairement, et quimmediatement après, il luy pareut un petit globe comme de feu, qui seslevoit de terre, et salla joindre en la supérieure région de lair a un autre globe plus grand et plus lumineux, et que les deux reduicts en un seleverent plus haut, entrèrent et se respendirent dans un autre globe infiniment plus grand et plus lumineux que les autres, et quil luy feut dit intérieurement que ce premier globe estoyt l’ame de nostre digne Mere, le second celle de nostre Bienheureux Pere, et lautre lessence divine ; que lame de nostre digne Mere estoyt reunie a celle de nostre Bienheureux Pere, et les deux a Dieu leur souverain principe.
Il dist de plus, que célébrant la sainte Messe pour nostre digne Mere, incontinent apres quil eut aprins la nouvelle de son heureux trespas, et estant au second Mémento ou Ion prie pour les morts, il pensa quil faisoict bien de prier pour elle, que peut estre elle estoyt dans le purgatoire a cause de certaines parolles quelle avoict dictes, il y avoict quelque temps, qui sembloient tenir du péché veniel, et quen mesme temps il revit la mesme vision, les mesmes globes et leur union; et quil lui resta un sentiment intérieur que ceste ame estoyt bienheureuse, quelle navoit point besoing de prières ; ce qui est demeuré si bien imprimé dans lesprit de cest homme quil la voit en cest estât quand il pense a elle.
c’est une confrérie de charité, là c’est un hôpital qui l’appelle. Les malades, les vieillards, les forçats attendent sa visite, et il doit aussi aller voir les grands personnages, les dames du haut monde, pour intéresser leur charité à ses oeuvres. La journée se passe. Vincent n’a fait attention ni au temps ni à l’heure. Il rentre tard, et son premier repas n’est pas encore pris. Si l’heure du souper de la communauté est passée, il ne veut que des restes. Dans son extrême vieillesse, on le pressait de prendre un peu de bouillon avant de partir : c’était une
potion d’herbes sans viande ni assaisonnement. Le petit repas de la communauté lui semblait encore trop succulent, il mêlait en secret des poudres amères à sa nourriture pour ôter au goût toute satisfaction. Sa vie était un jeûne continuel. Si la nature succombait à cette rude abstinence, il n’acceptait pour réconfort, la nuit, qu’un morceau de pain sec. Car sa journée, commencée à quatre heures du matin, ne finissait pas avec le soir. C’est la nuit surtout, dans le silence de la solitude et du recueillement, qu’il vaquait à cette prodigieuse correspondance où l’on croirait voir plutôt les occupations d’un gouvernement que le travail d’un homme. Minuit souvent le trouvait encore à écrire. Va-t-il enfin prendre un peu de repos? Non, il lui reste à prier Dieu une dernière fois, à faire pénitence de ses fautes. Le cilice, les ceintures à pointes, une haire horriblement hérissée, ne lui ont pas suffi pendant la journée ; il s’arme de la discipline et mêle son sang aux sueurs de la fièvre.
Sa robuste nature finit par succomber à une vie qui tenait du prodige. La grâce, plus encore que la vigueur de son tempérament, avait soutenu Vincent de Paul. Quand il eut terminé sa mission, Dieu permit à la vieillesse et aux infirmités d’avoir raison de cette âme jusque-là maîtresse de son corps. Déjà, en 1616, en 1644 et en 1649, Vincent avait été gravement malade. Plus de trente ans avant sa mort, il fut obligé, à cause de ses jambes, de se servir d’un cheval dans ses courses apostoliques ; il avait même fait une chute
des plus dangereuses et son humilité y avait vu, en même temps
qu’une protection de la Providence, un avertissement de la grâce d’avoir à commencer une vie nouvelle. Depuis sa troisième maladie, ses incommodités s’étaient accrues. La fièvre ne le quitta presque plus. A l’enflure habituelle et aux plaies de ses jambes vinrent s’ajouter d’horribles ulcères.
Son état s’aggrava vers les dernières années de sa vie. Il luttait toujours contre le mal, sans vouloir prendre de repos, sans per¬
mettre aucun adoucissement à ses douleurs. Dieu commença à le
détacher du monde en lui enlevant les deux personnes qui lui
étaient le plus chères, le vénérable Portail, son premier disciple, et sa