‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 126 sur 236 · L’ACCROISSEMENT · texte numérisé non relu

L’ACCROISSEMENT

Extension des deux familles de saint Vincent de Paul. — Progrès de leurs œuvres. — Les missions étrangères et les séminaires. — Les successeurs de saint Vincent. — Congrégations religieuses fondées sur le modèle de la Mission. — Les Filles de la Charité en France et à l’étranger. — Les enfants trouvés. — Les hôpitaux. — Institutions nouvelles de bienfaisance.

n apprenant la mort de saint Vincent de Paul , Anne d’Autriche s’était écriée :

« L’Église et la France viennent de faire une grande perte. » Mais Vincent appartenait à cette race providentielle d’hommes qui ne meurent pas, parce qu’ils laissent après eux des institutions et des imitateurs dans lesquels ils revivent éternellement. « Il y a, a-t-on dit, deux vies dans les saints : la vie ordinaire et naturelle, et la vie surnaturelle et posthume, celle-ci ordinairement plus riche et plus belle que celle-là. » Nul ne s’est peut-être survécu dans ses descendants et dans ses œuvres à l’égal de saint Vincent de Paul. Loin de s’éteindre dans l’oubli commun, il a cru avec ses enfants, il a participé à la gloire qu'ils ont acquise en marchant sur ses traces. Il est devenu doublement

grand, grand en lui-même et grand dans tout ce qui est de lui et qui vient de lui. « Ses actions, disait un de ses successeurs, ont cet avantage qu’elles ne se trouvent pas seulement consignées dans une histoire morte, qui ne les fait connaître à la postérité que par la voie de la renommée , mais elles sont perpétuellement rappelées et représentées d’une manière plus sensible dans la conduite des enfants qui lui ressemblent. »

Après lui, la Congrégation de la Mission prit une rapide extension. Ce n’est plus seulement sur le chemin des terres du comte de Joigny, ni dans les villages de France, ni dans quelques pays d’Europe, ni à Madagascar qu’on rencontre les humbles missionnaires ; pour suivre leurs traces, il faut faire avec eux le tour du monde.

Envoyés par Vincent à la conquête des peuples, ils ont pénétré par¬

tout. En même temps, ils sont devenus dans un grand nombre de diocèses les éducateurs du clergé, et ils entretiennent dans l’Église le zèle sacerdotal ranimé par leur saint fondateur.

De 1660 à 1789, la compagnie de Saint-Lazare se développa tout providentiellement pour ce double apostolat. En France, elle occupait plus de quarante maisons à la lin du siècle dernier. Dans les pays

transalpins il y en avait une trentaine, réparties entre les deux pro¬

vinces de Rome et de Lombardie. La Pologne ne possédait pas moins de vingt maisons de missionnaires, dont la moitié passèrent à l’Autriche dans le partage de cette malheureuse nation. Enfin, on comptait six établissements en Espagne, un aux îles Baléares, sept en Portugal.

Ce n est pas sans rencontrer des épreuves et des oppositions que la Mission avait grandi au milieu de l’Europe. En France, le jansénisme, qui avait reparu bruyamment avec l’oratorien Quesnel, faillit introduire la division dans son sein. Le partage de la Pologne fut fatal a ceux de ses établissements qui échurent à l’Autriche. Les Lazaristes durent se retirer devant la manie tracassière et réformatiice de Joseph II, le roi sacristain. A Naples, ils purent résister à loi ce de patience et de courage aux vexations de Ferdinand IV. L’ Angleterre malheureusement leur échappa; la mission qui avait si bien débuté dans les Iles Britanniques, du vivant de saint Vincent, fut

LA POSTERITE

MAISON DE LA MISSION DE GÈNES Fondée en 1647 à la demande du cardinal Durazzo, archevêque de cette ville, — Etat actuel,

interrompue par les froides cruautés d’iretoil et les perfides édits de Cromwell. Jacquës II rappela les Lazaristes à Londres, mais ils ne firent que se montrer pour disparaître dans la révolution d’Angleterre.

Les progrès de la Mission dans les pays infidèles furent également mêlés de vicissitudes. Cette histoire si glorieuse des établissements de Saint-Lazare hors d’Europe commence par une destruction. Dix-huit ans après la mort de saint Vincent, Madagascar était perdue pour la Mission en même temps que pour la France. Le zèle des missionnaires en avait fait une possession française, la cupidité de la Compagnie des Indes empêcha de la conserver. Bourbon et F Ile de France recueillirent les bienfaits du voisinage de Madagascar. Les Lazaristes y fondèrent jusqu’à seize paroisses. A Alger, les fils de saint Vincent continuèrent à accroître l’influence de leur pays et à étendre l'empire de la croix. Non seulement plusieurs d’entre eux, comme Jean le Vacher, le grand apôtre des pays barbaresques, eurent l’honneur de mourir en héros de la Foi, en martyrs du nom français, mais d’autres, soit comme consuls, soit comme missionnaires , apprirent par leur constance dans la persécution , par leur dévouement au milieu de la peste et par le spectacle de leurs vertus, à faire respecter en eux la France et à honorer le Dieu de l’Évangile.

Dans les dernières années de sa vie, saint Vincent de Paul avait conçu des projets de missions à Babylone, en Perse, au Liban et jusqu’en Chine; ses disciples les réalisèrent. A la fin du dix-septième siècle, Appiani, envoyé par le Pape comme vice-visiteur apostolique, arrivait dans l’Empire du Milieu, bientôt suivi de deux autres compagnons. Un prêtre s’était joint à lui ; ils y trouvèrent les jésuites anciennement établis. «Les missions de la Chine, dit un historien, sont la véritable épopée des jésuites. » Ceux-ci ne furent pas jaloux de voir d’autres ouvriers entrer dans leur moisson. A Pékin, ils habitaient depuis longtemps le palais de l’empereur en qualité de mathématiciens et d’artistes ; ils avaient une maison et une église. Les Lazaristes rivalisèrent de zèle avec eux. A leur exemple, ils se firent astronomes, mathématiciens, physiciens, peintres, pour mieux gagner 1 esprit de ces peuples curieux de la science. C’est d’eux que les Chinois ont reçu plusieurs industries mécaniques dont ils étaient très fiers avant que le commerce les mît en rapport avec la civilisation européenne. Les empereurs admettaient à leur cour les missionnaires

LA POSTERITE

habiles dans la science des phénomènes célestes, qui étaient alors pour beaucoup dans leur politique. Un d’eux, le docte Pedrini, fut même chargé de l’éducation des princes impériaux et put bâtir à l’ombre du palais des Fils du Ciel une église catholique. C’était une grande porte

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