FRÈRE DES ÉCOLES CHRETIENNES
Les frères des écoles chrétiennes, institués en 16S0 par Jean-Baptiste de La Salle, sont aujourd’hui au nombre de plus de 12,000. possèdent 1.268 établissements, et dirigent plus de 8,000 classes dans 2,245 écoles. Ils enseignent en Italie, en Belgique, en Angleterre, en Autriche, en Prusse, en Turquie, en Égypte, en Tunisie, et dans toutes les parties du monde. — L’institut des frères réalise une des plus chères pensées de saint Vincent de Paul, pour l’instruction des enfants pauvres.
Avec leur histoire commence la longue liste de leurs martyres de la charité; elle se multiplie tellement qu’il devient impossible à la fin de compter les victimes. Les circulaires des supérieures générales étaient en même temps les nécrologes de la Compagnie. Rien de touchant
comme les notices de ces chères défuntes ; pour la plupart elles n’ont que deux lignes. Il est dit simplement du plus grand nombre des sœurs : Après dix, vingt ou quarante ans de profession, elle mourut au service des pauvres, des malades, des pestiférés, des invalides, des aliénés; et ce peu de mots dit tout. En iy35, en pleine peste, M. Bonnet, supérieur général de la Mission, avait plutôt besoin de modérer que d’exciter le zèle de ces admirables filles. « Dès que je pense, disait-il, mes chères sœurs, au zèle, à la sainte ardeur et aux empressements que plusieurs d’entre vous ont fait paraître en nous demandant à genoux et à mains jointes d’aller exposer leur vie au service des pauvres pestiférés de Tarascon, de Marseille et des autres lieux qui ont été frappés du fléau de la peste, qui, par les ordres de Dieu, fait incessamment de nouveaux et de plus graves progrès, j’ai de la peine de vous présenter les motifs d’une si sainte action et d’un si grand sacrifice, de peur d’exciter dans vos cœurs une si grande ardeur qu’il ne vous soit plus possible de l’arrêter et de la modérer. » Comme la Congrégation des prêtres de la Mission, la Compagnie des Filles de charité s’était multipliée, non seulement en elle-même, mais aussi par la sainte contagion de l’exemple qu’elle répandait. A peine les nouvelles sœurs furent-elles connues qu’on en voulut partout. Là où elles ne pouvaient aller, elles suscitèrent des imitatrices. Telles furent les hospitalières de Notre-Dame de la Charité de Dijon, instituées en 1682 par le vénérable Bénigne Joly. On le pressait, à défaut des sœurs grises, d’en donner d’autres au grand Hôtel-Dieu, desservi jusque-là par des religieuses du Saint-Esprit qui n’étaient pas tout à fait aptes à cet emploi : « Ah ! répondait-il, pour accomplir l’œuvre que vous me demandez, il faudrait être un archange ou Vincent de Paul, et, hélas ! je ne suis ni l’un ni l’autre. » Mais dans son humilité il était un autre Père des Pauvres, et il mérita par ses œuvres d’être appelé le saint Vincent de Paul de la Bourgogne.
L’accroissement continuel des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité dit assez l’extension des œuvres de saint Vincent de Paul. Elles avaient un caractère d’utilité et de stabilité qui devait les faire vivre à jamais. A la veille de la Révolution, un des succès-
l’abbé de l’épée
Fondateur de 1 Œuvre des sourds-muets. D’après la sculpture de M. Martin dans la cour des Sourds-Muets, à Paris, dix-neuvième siècle.
seurs du saint fondateur de la Mission, M. Jacquier, pouvait dire : « Presque toutes ses oeuvres subsistent aujourd’hui, il semble que le temps qui consume tout n’ait servi qu’à leur donner de nouveaux accroissements et une nouvelle perfection, ainsi que le prouvent les établissements des séminaires, des missions, des confréries de charité, des enfants trouvés, des hôpitaux de Filles de la Charité, etc. »
Saint- Lazare n’avait pas cessé d’être la maison de prière et de retraite ouverte gratuitement aux gens du monde comme aux ecclésiastiques qui y venaient se retremper dans la vie spirituelle. Quoiqu’elle eut perdu la plus grande partie de ses revenus, elle n’en était pas moins restée un centre abondant d’aumônes pour les indigents de la capitale. Avec l’affreuse disette de 1661, accompagnée d’épidémie, Alméras eut tout de suite l’occasion de montrer que saint Vincent de Paul n’était pas mort tout entier. Pendant que le roi et Colbert faisaient vendre à bas prix des blés étrangers, la maison de Saint- Lazare mettait à la disposition de l’archevêque de Paris toutes ses ressources. Secondés par les Dames de la Charité, les Prêtres de la Mission recommençaient les merveilles de leur saint précepteur. Comme Vincent de Paul, Alméras, toujours à la recherche des pauvres quand ceux-ci ne venaient pas à lui, consolait, instruisait et donnait à pleines mains. Les missionnaires parcouraient les provinces les plus désolées par le fléau pour y répandre leurs aumônes avec leurs prédications. Plus de cinq cent mille livres, somme énorme à cette époque, furent distribuées par leurs soins. Quand ils n’avaient plus rien, ils savaient trouver dans leur cœur les accents les plus propres à exciter la compassion des riches. Ils prêchaient partout la charité dont ils donnaient l’exemple.
Dans le terrible hiver de 1788, comme dans celui de 1709, on vit particulièrement se manifester le zèle des fils de saint Vincent de Paul pour le soulagement des malheureux. En tous temps, Saint- Lazare nourrissait une quantité de pauvres, auxquels des diacres de la maison faisaient aussi le catéchisme. En cette dure année de lamine qui précéda la Révolution, Saint-Lazare donna tout ce qu il possédait. Du reste, la charité chrétienne, aux prises alors avec
LA POSTERITE
les dénigrements de la philanthropie et du bel esprit, fit des prodiges. « Particuliers, princes, grands seigneurs, évêques, chapitres, communautés, multiplièrent, dit M. Taine, leurs aumônes. L’archevêque de Paris s’endetta de 400,000 livres, tel riche distribua 40,000 francs le lendemain de la grêle, tel couvent de Bernardins nourrit douze cents
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