‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 138 sur 236 · AS · texte numérisé non relu

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tète, ils la promenèrent au bout d’une pique dans les rues et la jetèrent dans le bassin du Palais-Royal. Ayant tout ravagé à l’intérieur, ils se répandirent dans les jardins, coupèrent les arbres, égorgèrent les moutons de la ferme et mirent le feu aux granges. Vingtquatre heures après, on trouva une trentaine de morts et de mourants, hommes et femmes, noyés dans le vin. Pendant ces scènes révoltantes, les prêtres de la maison avaient couru les plus grands dangers. Les uns purent s’échapper par-dessus les murs, les autres parvinrent à se cacher ou à se dérober sous des habits d’emprunt.

La maison des Filles de la Charité, située en face de Saint-Lazare, ne pouvait échapper au pillage ; elle se composait alors de cent cinquante soeurs, parmi lesquelles on comptait quatre-vingt-dix-huit postulantes de l’àge de quinze à vingt-deux ans. Les premiers pillards pénètrent dès le matin dans l’intérieur de la maison, sous prétexte d’y trouver le trésor de Saint-Lazare, les provisions de blé et de farine. Bientôt l’agitation s’accroît dans la rue, les cris redoublent et une bande nombreuse d’hommes et de femmes envahit le couvent. Dans ce péril extrême, la supérieure générale s’empresse de faire entrer les novices dans la chapelle. Vingt des assaillants les y suivent. Au bruit des portes violemment ouvertes, au cliquetis des armes, aux blasphèmes des forcenés, les jeunes vierges, pâles, tremblantes, se pressent contre leurs maîtresses. Des cris d’effroi, mêlés aux supplications à Dieu, s’échappent de leur poitrine. Les brigands sont émus ; ils s’avancent avec hésitation vers le sanctuaire. La sainteté du lieu, l’image de Jésus-Christ et de ses saints leur commandent le respect. Le chef de la troupe met un genou en terre devant le Saint-Sacrement; quelques-uns des siens l’imitent. Puis, voyant que, sous l’impression de la terreur, plusieurs novices tombent évanouies, il fait signe à ses compagnons de se retirer. Les envahisseurs se répandent alors dans l’intérieur de la maison, visitent toutes les salles et, malgré leurs préventions et leurs haines, ils ne peuvent s’empêcher d’admirer le dénuement évangélique, l’ordre parfait de cette chaste demeure. Ils se retirent sous la porte d’entrée et se constituent les gardiens de celles qu ils étaient venus piller et insulter. Dieu avait protégé d’une

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