VUE DE L ABBAYE DE CLAIRVAUX AU DIX-SEPTIEME SIECLE
• D'après une 'gravure d'Israël Sylvestre. — Clairvaux, Loos, Beaulieu, Cadillac, Fontevrault, tous ces monastères, asiles autrefois secourables aux malheureux et aux pauvres ont été supprimés par la Révolution et transformés en maisons centrales de détention. Ainsi s’est vérifiée la parole de Joseph de Maistre : « Il leur faudra bâtir des bagnes avec les ruines des couvents qu’ils auront détruits. »
manière visible les admirables filles de saint Vincent ; le temps des grandes épreuves n’était pas encore venu.
Le pillage de 1789 ne fut qu’un prélude. L’année- suivante, la Révolution démasqua ses plans de manière à montrer que c’était bien à la charité qu’elle en voulait. Les idées philosophiques et économiques régnaient alors. On réclamait la sécularisation des hôpitaux, 011 parlait de substituer la philanthropie à la charité. Pour quelques abus que l’on pouvait constater dans les hôpitaux des grandes villes, et que la fausse pitié des économistes et des savants de l’époque grossissait outre mesure, on se mit à nier le bienfait des institutions charitables du passé, à décrier le régime des hospices et des autres maisons de bienfaisance, afin de faire retomber sur le principe même de la charité les imperfections inhérentes au temps. L’odieux ne suffisait pas ; on poussa le ridicule jusqu’à promettre la liberté, le bonheur même aux malades.
Dès 1790, à l’ancienne administration des hôpitaux «composée des chefs du clergé, des premiers magistrats des cours' de justice et d’hommes choisis dans la bourgeoisie, dont la fortune, une vie pure et des succès dans le commerce garantissaient la moralité et les talents administratifs » , la Révolution substitua des hommes nouveaux. Elle confia la direction des établissements hospitaliers à des gens dont l’exaltation pour les idées du jour faisait souvent le seul mérite. Au lieu d’amener plus d’épargne dans les dépenses, plus de régularité dans les services, cette mesure n’engendra que le gaspillage et la confusion. Il fallut de nouveau réformer. L’année suivante, les hôpitaux passaient sous l’autorité du département, qui en déléguait l’administration à une commission de cinq membres. En 179a, ils rentraient dans les mains de la municipalité; en 1794, dans les attributions de la commission des secours de la Convention ; plus tard, dans celles du ministre de l’intérieur. Ces changements continuels contribuèrent grandement à produire l’état déplorable où se trouvaient les hôpitaux à la fin de la période révolutionnaire.
Pendant que le désordre augmente et atteste l’impuissance de la Révolution pour le bien, la persécution se déchaîne contre les filles
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