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de saint Vincent. Elles eurent tout à souffrir de la part d’une administration soupçonneuse et hostile aux œuvres de la charité chrétienne. A ses veux elles étaient des « femmes fanatiques, contre-révolutionnaires, dévouées aux aristocrates», mais ennemies «des malades dont le patriotisme était connu ». On devait donc les chasser des hôpitaux, « et les remplacer par des femmes ou des filles patriotes». C’est le parti auquel s’arrêta l’Assemblée législative dans la séance du 6 avril 1792. Elle décida du même coup la suppression de toutes les associations religieuses vouées à l’enseignement de l’enfance et au service des hôpitaux.
Cependant la fureur révolutionnaire redouble. Après la confiscation des biens ecclésiastiques, source abondante de revenus pour les pauvres, après l’abolition des congrégations hospitalières et enseignantes, le culte lui-même est interdit et le bannissement des prêtres décrété. Aussitôt les arrestations commencent, suivies de massacres horribles. Des évêques, des prêtres au nombre de plus de cent, renfermés aux Carmes, sont assassinés par les émissaires de la Commune. Au 3 septembre, quatre-vingt-douze ecclésiastiques, entre autres M. Bonnet, supérieur du séminaire de Saint-Nicolas, connu pour sa grande charité, se trouvaient enfermés à Saint-Firmin. Dès cinq heures du matin, des bandes d’égorgeurs soudoyés par le parti des Danton et des Robespierre envahissent ce paisible séjour d’études transformé en prison. Des voix s’élèvent dans la foule pour demander que l’on épargne le vénérable M. François, supérieur du séminaire, digne fils de saint Vincent de Paul par l’abondance de sa charité et la multitude de ses bonnes œuvres ; mais il s’était acquis d’autres droits à la haine des révolutionnaires. Après que M. Cayla de la Garde, supérieur général de la Mission et député aux États généraux, eut protesté à la tribune contre la constitution civile du clergé, M. François avait exposé courageusement dans un écrit public les raisons qui devaient détourner le clergé du serment à cette constitution schismatique. Il savait dès lors à quel châtiment il s’exposait : son expulsion de Paris, la perte de son traitement. « Que m’importe ! s’écriait-il, les travaux de la charité sont ouverts autour de la capitale et dans tous les
LA REINE MARIE-ANTOINETTE FAISANT l’aUMONE
D'après le dessin original de Michel Moreau, dix-huitième siècle. — Marie-Antoinette fut la première protectrice de la Société maternelle, destinée à venir en aide aux mères de famille indigentes. La Révolution, en même temps quelle accordait des primes aux filles-mères, supprima cette Société. Mais la charité chrétienne l'a rétablie et elle existe aujourd'hui dans quatre-vingts villes de France. (Voir page 376.)
départements. Je m’associerai aux pauvres; incorporé à leur misère, je leur apprendrai à la supporter avec patience, à la rendre méritoire pour le ciel. On dit qu’ils sont à redouter : j’en ferai des chrétiens, je partagerai le pain de leur douleur; ce pain sera plus doux pour moi qu’un traitement acheté par le parjure ou une table préparée par l’impiété. »
Un tel langage désignait M. François à des représailles pires encore que celles qu’il attendait de la part des jacobins. Malgré les réclamations de la reconnaissance publique, les forcenés pénètrent dans l’intérieur de Saint-Firmin, visitent tout, rassemblent les prisonniers, et le carnage commence. Les victimes tombent une à une sous leurs coups. De temps en temps les assassins jettent quelques prêtres par les fenêtres ; ceux du dehors les reçoivent sur la pointe des piques et des baïonnettes, en poussant des exclamations féroces : des femmes armées de massues à écraser le plâtre achèvent les mourants. Au moment d’enlever les cadavres on vit ces héroïnes de la Révolution monter sur les tombereaux où les victimes étaient entassées, mutiler les rriembres des confesseurs de la foi et les montrer aux passants, en criant : «Vive la nation! » Soixante-quinze prêtres, parmi lesquels dix Lazaristes, avaient été égorgés.
L’œuvre de saint Vincent s’écroulait peu à peu sous les coups de la force triomphante. C’était le moment pour la philanthropie d’appliquer ses principes et de montrer ce qu’elle pouvait faire pour remplacer la charité chrétienne. En effet, elle s’était mise à la besogne. Le Moniteur universel publiait, le 12 novembre 1792, dans le style déclamatoire et faux de l’époque, le plan d’une société philanthropique et patriotique de bienfaisance et de bonnes mœurs, destinée à combler le vide que devait produire, dans les hôpitaux et dans les asiles de l’enfance, l’expulsion des Filles de la Charité.
Pour réussir, il manquait aux dames philanthropes l’esprit et les vertus que A incent de Paul avait légués à ses filles. L’État allait venir au secours de 1 initiative privée et tenter d’organiser sur des bases nouvelles l’assistance publique. La nécessité en devenait pressante, car la misère étendait ses ravages. « Les mendiants, dit un rapport du temps, arrêtaient le monde dans toutes les rues : ils étaient
LA POSTÉRITÉ
presque aussi multipliés que les pavés de la ville, et les provinces offraient le même spectacle. » La Révolution s’empressa de proclamer bien haut que « les secours publics sont une dette sacrée», que «la