‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 143 sur 236 · VUE DE LA VILLE ET DU PORT DE SAINT-HELIE R · texte numérisé non relu

VUE DE LA VILLE ET DU PORT DE SAINT-HELIE R

Dans Elle de Jersey; d’après une gravure moderne. — Cette ville fut. pendant la Révolution, le théâtre du dévouement de Luc Chantre], prêtre de la Mission. Il y ouvrit des chapelles publiques pour les émigrés, des écoles pour les orphelins, et organisa un atelier où les dames françaises venaient confectionner ellesmêmes des vêtements pour les exilés.

l’exercice de leur charitable ministère, les uns trouvèrent une mort glorieuse sur les pontons, dans les prisons, à Cayenne ; d’autres portèrent avec courage leur tête sur l’échafaud et terminèrent souvent par un dernier acte de charité une vie consacrée au soulagement des malheureux ; d’autres enfin parvinrent à gagner la terre de l’exil et répandirent au loin le règne de la charité que la Révolution tentait d’anéantir en France.

Comme leurs frères de la Mission, les Filles de la Charité avaient été forcées d’abandonner la plupart de leurs maisons et de renvoyer leurs postulantes. Le aq décembre 179a elles quittèrent un grand nombre d’hospices, et les pauvres perdirent leur plus douce consolation et leur puissant appui. Pourtant elles continuèrent à exercer dans l’ombre les oeuvres de charité qu’il ne leur était plus permis d’accomplir au grand jour. Dieu avait voulu qu’elles eussent à leur tête, comme supérieure générale, une femme qui réunissait la foi ardente d’une sainte à la charité sans bornes d’une fille de saint Vincent. La sœur Deleau était une de ces âmes que rien n’abat et que l’adversité rend encore plus fortes. Prévoyant la dispersion de ses sœurs, elle avait pris soin de les préparer aux terribles épreuves qui les attendaient. Après les avoir exhortées à renouveler leurs vœux et à continuer de soutenir leur foi par l’exercice des œuvres charitables, « Mes très chères sœurs, leur écrivait-elle, soyez toujours attentives aux besoins des pauvres, consolez-les des privations qu’ils pourraient éprouver. Que vos jours soient trouvés pleins et votre vie sans tache d’aucune faute volontaire... Sotrez par cette fidélité constante des victimes pures et saintes que Dieu recevra favorablement. » Quel contraste entre ces simples paroles et les déclamations ridicules dont retentissait la Convention! La persécution sanglante y était prédite, elle arriva. Bientôt s’ouvrit le glorieux martyrologe écrit avec le sang des Filles de Saint-Vincent.

La première ville qui avait appelé les servantes des pauvres, Angers, vit aussi leurs premières victimes. On avait voulu arracher le serment révolutionnaire à ces saintes filles : ni les promesses ni les menaces n’avaient rien pu sur elles. Il y en avait deux, Marianne et Odille, remarquables entre toutes par leur piété et leur dévouement. Le tribunal, espérant intimider les autres, les condamna à être fusillées.

Au jour marqué, on les arrête. Pendant qu’elles s’exhortent au courage par la vue de la couronne céleste qui les attend, une femme vient leur otlrir un voile : « Non, non, s’écrie Marianne, nous ne cacherons point notre visage! Est-ce une honte de mourir pour Jésus-Christ Puisse toute la ville nous contempler et apprendre de

LA POSTÉRITÉ

nous comment on meurt pour la foi ! » Enchaînées l’une à l’autre, elles marchent à la mort au milieu d’un cortège d’autres victimes.

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