‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 145 sur 236 · VUE DE LA VILLE DE DAX AU DIX-SEPTIEME SIECLE · texte numérisé non relu

VUE DE LA VILLE DE DAX AU DIX-SEPTIEME SIECLE

D’après une estampe de la Bibliothèque nationale. — Sur l’une des places de la ville fut guillotinée, le 9 avril 1794, la supérieure de l’hôpital de cette ville, Marguerite Rutan, Fille de la Charité, née à Metz en Lorraine. « O11 lit courir la sœur au pas de charge des tambours : il semblait qu’on montât à l’assaut de la guillotine. » — Sur tous les points de la France les religieuses qui servaient les malades furent chassées et plusieurs envoyées à l’échafaud ; dans les hôpitaux dépouillés, « il ne resta plus, dit M. Taine, de quoi acheter une tasse de bouillon. »

Pendant qu’elle chassait des hôpitaux et des écoles , et qu’elle tuait même, pour aller plus vite, les Filles de Saint-Vincent-de-Paul, elle décrétait que la ville de La Charité -sur -Loire s’appellerait Égalité. Mais son impuissance à remplacer ce qu’elle avait détruit se manifestait par un accroissement épouvantable de misère. Ses essais de bienfaisance philanthropique n’avaient tourné qu’à sa confusion. Le service des hôpitaux était entièrement désorganisé, la source des aumônes

tarie. L'enfance n’avait plus de gardiens, la vieillesse plus de soutiens. Des plaintes pressantes se faisaient entendre de tous les points de la France; les révolutionnaires eux-mêmes furent effrayés en présence des ruines qu’ils avaient amoncelées.

La France payait cher d’avoir prêté l’oreille aux théories philanthropiques qui avaient enchanté la société légère du dix-huitième siècle. Les philosophes avaient accompli leur oeuvre et le mot de Frédéric se trouvait justifié : « Si j’avais une province à châtier, je la leur donnerais à gouverner. » Ils avaient voulu se passer de Dieu et l’édifice qu’ils tentaient d’élever sans lui s’écroulait malgré leurs soins et leurs efforts.

Mais la Providence se réservait encore une plus haute vengeance : c’était d’amener les ennemis les plus acharnés de la charité chrétienne à chercher, au jour du malheur, leur consolation auprès de ces Filles de Saint- Vincent qu’ils avaient insultées, chassées de leurs maisons, condamnées à l’exil, quand ils ne les envoyaient pas à la mort. Deux hommes s’étaient signalés, entre les plus fougueux révolutionnaires, par leur fureur sinistre contre la religion et contre ses œuvres : c’étaient Billaud-Varennes et Collot-d’Herbois. Après avoir couvert la France de sang et d’échafauds, ils se virent accusés, renversés du pouvoir et condamnés à la déportation; conduits à Sinnamari, dans les déserts de la Guyane française, ils inspirèrent l’horreur à tous les colons, qui avaient frémi souvent au récit de leurs forfaits. Mais les Sœurs de charité étaient là : elles accueillirent avec une bonté touchante les deux monstres dont les hommes évitaient la présence, elles leur prodiguèrent les soins les plus attentifs, et, par leurs consolations, elles essayèrent d’adoucir pour eux les tristesses de l’exil.

La conscience révoltée par les attentats de la Révolution aime à se reposer dans la contemplation d’une si douce victoire remportée sur le crime par la charité chrétienne.

LA POSTERITE

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