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INTRODUCTION
qu’ils en fassent les rebuts ou les maîtres du monde, ne considérer jamais en eux que la brute redoutable et puissante dont une politique habile doit se défaire par la force ou s’emparer par la flatterie. On étudie leurs faiblesses et leurs passions, d’une part pour les mater, de l’autre pour les séduire. Qui les aime? Ceux qui savent qu’ils ont une âme et qui ont souci de l’avenir des âmes; mais ceux-là, où les rencontre-t-on ?
Les pauvres ne sont pas naturellement aimables. On en croira saint Vincent de Paul lui-même; il disait à ses prêtres : « Je ne dois pas considérer les pauvres selon leur extérieur ni selon ce qui paraît de la portée de leur esprit, d’autant que bien souvent ils n’ont presque pas la figure ni l’esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. » — « Mais, ajoutait-il, tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion, et qu’il passait pour lou dans l’esprit des Gentils, et pour pierre de scandale en celui des Juifs; et avec tout cela, il se qualifie l’évangéliste des pauvres : evangeli^are pauperibus misit me. O Dieu! qu’il fait beau voir les
pauvres considérés en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite! »
Quant à lui, il les considérait si bien ainsi, qu’il ne craignait pas
daffiimer que ceux qui auront aimé les pauvres pendant leur vie,
ayant aime Jésus-Christ lui-même, n’auront aucune crainte de ses
jugements. Il en attestait son expérience; « il le disait aux personnes
qu’il voyait travaillées des appréhensions de la mort, » et il en tirait
occasion de les exciter à l’amour des pauvres. Lorsque dans la récitation
des litanies du saint nom de Jésus il prononçait ces mots : Jesu , pater
pauperum, c’était d'un cœur plus pénétré et d’une voix plus attendrie
Jusqu-;, son dernier jour il ne put entendre parler d’un malheureux
sans soupirer et sans qu'aussitôt la compassion et la douleur se
peignissent sur ce visage vénérable, que les disgrâces personnelles les
plus sens, blés e, les plus soudaines n’altéraient pas. C’est là aimer les pauvres !
INTRODUCTION
Mais pour les aimer de cette ardeur et de cette constance, il faut «les considérer en Dieu et dans l’estime que Jésus en a faite», science difficile, inconnue des philanthropes, méprisée des socialistes, que l’économie politique n’enseigne point, qui ne s’acquiert pas dans les bureaux. Science pourtant nécessaire et indispensable !
Car de savoir que les pauvres ont des faiblesses et des passions, c’est peu, même pour les dompter, même pour les séduire. Cette compression ne durera qu’un jour et les laissera plus irrités; cette séduction n’aura qu’un moment et les rendra plus affamés de jouissances. Rien donc de fait, rien de gagné si l’on ne sait pas qu’il y a là des âmes, si l’on ne sait pas parler à ces âmes et leur donner Jésus- Christ. Jésus-Christ est leur droit, bien que dans les ténèbres où elles sont plongées elles ne le réclament pas; et comme il est leur droit, il est aussi leur besoin.
Elles ont besoin de Jésus-Christ, elles en ont besoin invinciblement; quelque lumière qu’on leur donne, elles ont besoin de ses lumières; quelque consolation qu’on leur propose, elles ont besoin de ses consolations; quelque promesse qu’on leur fasse, elles ont besoin de ses promesses; en quelque gloire que l’on