CHARITÉ DE SAINT LOUIS ET DES ROIS CHRÉTIENS
Vitrail de Saint-Denis, d’après Montfaucon, treizième siècle. — Saint Louis donne à manger à un lépreux. Spectacle inconnu des siècles païens ! L’Eglise, victorieuse de la tyrannie antique, lui avait substitué la royauté chrétienne.
INTRODUCTION
prétende les mettre, elles ont besoin de sa gloire. Tout leur manque, parce que Dieu leur manque; c’est Dieu qu’il leur faut. Les progrès de l’instruction et des arts, de la liberté et du bien-être, rien ne remplacera Dieu; la crainte des hommes ne le remplacera pas davantage. Tant que Dieu n’habitera pas ces âmes, elles seront de plus en plus abaissées, irritées, jalouses et rebelles. Il leur faut un irein assez puissant pour les contenir, mais en même temps assez noble et assez doux pour qu’elles consentent à se l’imposer elles-mêmes : c’est Dieu. Il leur faut un bien dont la possession les glorifie dans l’humilité et les rassasie dans les privations : il n’y en a pas d’autre que Dieu.
Et maintenant, qui leur fera connaître Dieu et qui le leur fera aimer, sinon ceux qui le connaissent et qui l’aiment? Qui les persuadera de leur dignité de créatures de Dieu, sinon ceux qui confessent et qui vénèrent assez cette dignité pour s’en rendre les serviteurs et les esclaves? Qui saura les relever à ce point sans exalter leur orgueil? et en même temps leur prêcher le renoncement, l’abnégation, le mépris des biens du monde, sans exciter leurs soupçons? Les fonctionnaires les plus imposants et les écrivains les plus habiles parleraient sans fruit sur ce chapitre essentiel : le don de convaincre en pareille matière est réservé aux hommes qui n’ont plus de fortune à défendre, plus d appointements à gagner, et qui, pour se rendre dignes de prêcher le renoncement, ont donné l’exemple du sacrifice.
Mais ce n est pas tout. Ces hommes de sacrifice, qui seuls peuvent mettie Dieu dans 1 âme du pauvre, seuls aussi peuvent mettre du pain dans sa main. Par le sacrifice deux-mêmes, ils hi’ont pas acquis seulement le don de prêcher efficacement l’abnégation à ceux qui manquent de tout; Dieu leur a fait une autre grâce, non moins rare et précieuse . la giàce d ouvrir partout les sources de l’aumône, de
les ou\rir larges, fécondes, intarissables, capables de subvenir à toutes les nécessités.
On a beaucoup médit de 1 aumône en ces derniers temps. Les socialistes tiomcnt quelle avilit celui qui la reçoit; les économistes, qu elle appauviit eelui qui la donne; la bureaucratie craint qu’elle ne } uisse conspirei, et voudrait qu’elle se purifiât sous ses doigts; la
Rachat de captifs dans les prisons d’Alger, tableau de Granet, au château de Fontainebleau, dix-neuvième siècle. — Dans une salle souterraine des marchands algéiiens, assis devant une table, pèsent dans des balances l’argent que les Pères de la Rédemption viennent de donner pour des captifs dont ils brisent les chaînes. Saint Pieiie Nolasque, fondateur de l’ordre de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs, racheta à lui seul plus de quatre cents de ces malheureux.
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philanthropie estime qu’on pourrait la rendre plus utile au commerce en la remplaçant par les loteries de bienfaisance et par les diveitissements de charité; car on a inventé des divertissements de charité pour faire pendant aux prisons de charité! Les catholiques croient avec saint Vincent de Paul, et saint "V incent de Paul croyait avec tous les Pères de l’Église, que l’aumône est une semence féconde qui rend au centuple. « Un trésor enfoui ne germe pas dans la terre, disait un orateur sacré, mais il germe dans la main du pauvre. Il en sort des terres et des châteaux que la charité donne et que la Providence soutient; il en sort des vertus, des talents et des places dont Dieu récompense dans les enfants les aumônes des pères; il en sort plus que tout cela : il en sort la rançon de nos péchés, le germe de notre éternité bienheureuse, le gage de notre salut. » Quelque sentiment que l’on se forme à ce sujet, il faut accorder que l’aumône, dans les mains de saint Vincent de Paul, a fait d’étranges et inexplicables merveilles. En attendant que la science ait remplacé l’aumône par quelque chose de mieux, qui paraisse aux économistes plus prudent, aux socialistes plus honorable, aux philanthropes plus galant et aux bureaux plus régulier, il faut accorder aussi qu’en ce moment encore, après tant de dissertations, c’est l’aumône chrétienne, c’est elle toute seule, quoique gênée et affaiblie, qui, par des milliers de cœurs et par des millions d'offrandes, soutient le poids du paupérisme.
Si tout à coup ces cœurs se lassaient et si ces offrandes cessaient, si tant de sophismes absurdes et ingrats pouvaient tarir les sources de l’aumône, qu’arriverait-il en France? Ferait-on sortir les soldats des casernes pour y loger le surcroît des pauvres, ou viderait-on les dépôts de mendicité pour y loger le surcroît des soldats? Quelle taxe des pauvres suffirait à nourrir ces bandes affamées qui surgiraient de partout." Quelles armées suffiraient à les contenir? Après la destruction des couvents en Angleterre, sous Élisabeth, des multitudes sans ressource et sans abri se mirent à courir les campagnes. On essaya différents moyens pour obvier au fléau de leur misère, et les meilleurs qu on trouva furent la potence et le canon. Voilà le dernier mot de la science temporelle en matière d assistance publique. Si l’aumône man-
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