PORTRAIT DE M. DE RENTY
D’après une gravure du temps. — Le baron de Renty, l’un des auxiliaires de saint Vincent, avait été placé par lui à la tête d’une société de laïques vouée au soulagement des émigrés lorrains ruinés par la guerre. Les membres des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul reconnaissent en M. de Renty et ses charitables associés, leurs prédécesseurs et leurs modèles. — Autour du cadre sont figurées la Foi, l'Espérance et la Charité.
les autres pour se soutenir contre les tentations de la jeunesse, en particulier contre la plus redoutable à cette époque, c’est-à-dire la tentation du doute, et ils se mirent à l’œuvre, au jour le jour.
Une première fois, l’un d’entre eux proposa qu’on allât voir les pauvres du quartier, pensant que cette bonne œuvre serait plus efficace pour la défense de leur foi que les luttes de la parole, auxquelles on s’était livré jusque-là dans une réunion où toutes les idées étaient représentées; sur cette proposition, on alla trouver la vénérable Sœur Rosalie, qui accueillit ces auxiliaires encore inexpérimentés, et dirigea leurs premiers pas en leur indiquant d’indigentes mais honorables familles. La visite des pauvres à domicile était fondée dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
Une seconde fois, un autre membre demanda de commencer les séances par la prière ; un autre encore, qu’on se mît sous l’invocation de saint Vincent de Paul. L’esprit chrétien prenait possession de l’œuvre naissante : aussi, bientôt elle prospéra, on peut le dire, même malgré elle. On avait décidé, au début, qu’on ne dépasserait pas le nombre des huit fondateurs ; mais le désir de l’apostolat de la jeunesse fut ici plus fort que les règlements. La porte de ce petit cénacle fut une première fois entrouverte, et elle ne se referma plus, car avant deux années on était une centaine. On se réunissait alors dans l’ancienne maison des Bonnes-Etudes, au centre du quartier latin; mais, quelque hospitalière que fût cette maison, on comprit qu’elle ne suffisait pas à contenir les bons jeunes gens qui désiraient s’adjoindre à la petite réunion de charité , comme on l’appelait en ce temps-là, et malgré de vifs regrets, de véritables déchirements, on se sépara en deux Conférences1, puis en quatre, à la fin de l’année i835.
Heureuse séparation! dirons-nous. Car si on eût persisté à demeurer réunis, les quartiers isolés eussent toujours ignoré la Société de Saint- Vincent-de-Paul; on n’eût pas songé surtout à la propager dans les provinces, dans les pays étrangers, comme peu à peu en est venue la pensée; et par suite, on eût privé les catholiques de ce précieux moyen de salut qui consiste à se voir régulièrement pour s’entretenir
1. L’origine du nom de Conférences donné aux groupes locaux de la Société de Saint- Vincent-de-Paul ne doit pas faire croire que cette œuvre a pour but la discussion : c'est le souvenir du lieu d’où l’œuvre est sortie, c’est-à-dire d’une conférence littéraire qui se tenait alors et à laquelle prenaient part nos fondateurs.
des nécessités de la charité, des intérêts de la foi, et des vertus les plus essentielles à la vie chrétienne.
Ce n’est pas ici le lieu de décrire en détail les progrès vraiment providentiels des Conférences. Ceux qui désireraient les connaître peuvent les étudier dans le Manuel ou dans le Bulletin de la Société
PORTRAIT DE M. FREDERIC OZANAM L’an des membres de la première Conférence de Saint-Vincent-de-Paul.
de Saint-Vincent-de-Paul. Il suffira de grouper les traits principaux de ce développement qui venait de lui-même, que l’on ne cherchait pas d’après un plan quelconque, mais qui ne se produisait pas moins, comme dans ces tondations des siècles de foi que nous font admirer les historiens de l'Eglise.
Ainsi, la Société de Saint-Vincent-de-Paul s’était constituée avec
quelques étudiants. Ces derniers, une fois leurs grades conquis, furent obligés de retourner dans leurs villes natales, à Lyon, à Montpellier, à Toulouse, à Nantes, à Dijon, etc., etc. Mais c’était pour eux un vrai serrement de cœur de renoncer à leurs Conférences hebdomadaires, et de ne plus trouver des amis avec lesquels ils pouvaient
parler des pauvres et de l’Eglise. Pour satisfaire ce besoin, devenu en eux comme une seconde nature, ils implantèrent leur œuvre là où la divine Providence fixait leur carrière. Ils se firent propagateurs : ils parlèrent à leurs amis du bien que les réunions charitables de Paris avaient fait à leurs âmes; ils leur montrèrent que s’ils ne se soutenaient les uns les autres dans les combats de la vérité ils seraient bientôt envahis par l’erreur, et, petit à petit, ils fondèrent dans la ville qu’ils devaient habiter ces Conférences qui avaient été à Paris le charme et la préservation de leur jeunesse.
C’est ainsi, de proche en proche, de ville en ville, d’ami à ami, de camarade chrétien à camarade désireux de l’être, que la Société de Saint- Vincent embrassa bientôt toute la France. Mais cette extension ne pouvait être durable , ne pouvait surtout prendre de sérieuse proportion, qu’autant que l’institution elle-même serait bénie par l’Eglise et ses premiers pasteurs. Quels catholiques, en effet, voudraient donner leur temps, leurs forces, leur dévouement, à des œuvres qu’ils ne verraient point approuvées, encouragées, bénies par leurs pères spirituels, c’est-à-dire par les prêtres des paroisses, par NN. SS. les Evêques dans les diocèses, et par le Souverain Pontife assis sur le siège infaillible de Pierre? Qui parmi eux aurait la témérité d’entreprendre le bien sans les lumières autorisées des guides des consciences, ou ne jugerait pas insensé de marcher, non seulement malgré eux, mais même sans leur assentiment formel? Agir autrement serait aller contre toutes les règles ; ce serait l’introduction sacrilège dans l’Église du principe protestant de l’indépendance et de la révolte.
La Société de Saint-Vincent-de-Paul n’eut garde de manquer à ce qu’elle devait ici aux traditions les plus positives de la religion. Bénie à son début, et après quelques années de vie, par M. Faudet, curé de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, où se trouvait la maison des
LA POSTÉRITÉ
Bonnes-Études, elle le fut ensuite, lorsqu’elle se développa, par Mgr de Quélen, qui occupait alors avec tant d’éclat le siège de Paris, et successivement par les Évêques des diocèses oui elle s’établissait de proche en proche. En i8q5, enfin, après de longues explications fournies à Rome par l’un de ses membres les plus dévoués, elle reçut une faveur