‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 179 sur 236 · A P J5 EN DI CES · texte numérisé non relu

A P J5 EN DI CES

On le voit, dans la pratique, saint Vincent lui-même donnait l’exemple. Déjà l’on a pu l’observer par les extraits de ses conférences rapportés plus haut ; mais, si le cadre restreint de cette étude ne nous obligeait à être sobres, combien d’autres citations ne pourrions-nous pas faire qui montreraient mieux encore à quel point il était pénétré de cet important sujet. « Prenons garde, s’écrie-t-il éloquemment, que, pour contenter la vanité, nous ne nous exposions à la malédiction du prophète : Vœ, vœ, malheur, malheur à celui-là! Et pourquoi monter en chaire? pourquoi prêcher, si ce n’est pour porter le monde à se sauver et pour crier : Voilà l’ennemi! donnez-vous garde! sauvezvous ! Que si l’on pervertit l’usage de la parole de Dieu, si l’on s’en sert pour paraître, pour se faire estimer, afin que l’on dise : Voilà un homme éloquent, qui a grande capacité, il a du fond et du talent; hélas ! n’encourons-nous point la malédiction des faux prophètes ? Dieu n’aura-t-il pas sujet de nous abandonner à la fin, puisque nous ne nous sommes point souciés d’abuser des choses les plus saintes pour contenter un peu notre vanité, puisque nous osons employer le plus efficace moyen de convertir les âmes pour satisfaire notre ambition ? Hélas! il y a grand sujet de craindre, et, si j’ose le dire, de désespérer en quelque façon du salut de ces personnes qui convertissent les remèdes en poison, qui n’ont d’autre méthode de traiter la parole de Dieu que celle que leur fournit la prudence de la chaire, leur humeur, la mode, le caprice. O Sauveur ! ne permettez pas qu’aucun de cette petite compagnie, qui est tout à votre service, tombe en un si grand péril ! »

De telles leçons ne pouvaient rester sans fruits, et, pour s’en convaincre, il suffirait de dresser la liste des prédicateurs éminents qui sortirent de la maison de Saint-Lazare après y avoir recueilli ces enseignements. Parmi eux, Bossuet est assurément celui dont le nom doit tout d abord apparaître, car il dispense de citer les autres. Assurément le génie de Bossuet est de ceux qui peuvent prétendre à n’avoir point eu de maîtres, et cependant, en dehors de ces coups d’aile qui lui appartiennent en propre, un observateur sérieux remarquera sans peine une sorte de parenté entre les procédés dont il use, si l’on

LE COLLEGE DE SAINT VINCENT DE PAUL A CASTLEKNOCIv (IRLANDE)

Ce collège est dirigé par les Lazaristes dont les établissements, missions, séminaires, collèges, sont au nombre de neuf pour la province d’Irlande.

nous permet ce mot, et ceux qui se retrouvent dans la manière de saint Vincent. Chez tous deux, même clarté d’exposition, même simplicité féconde, et souvent, mêmes tours oratoires, pittoresques et puissants, qui donnent au discours la forme vive de la conversation. A chaque moment ce sont des questions rapides, des interjections émouvantes, des exclamations soudaines où passe la conviction de l’orateur avec une force qui, chez Bossuet, s’élance en bonds impétueux, et qui, plus calme chez Vincent de Paul, a pu néanmoins servir comme de modèle au grand évêque de Meaux. Celui-ci, d’ailleurs, a reconnu lui-même cette filiation intellectuelle, et l’on peut croire que ce n’est pas avec le sentiment d’une fausse humilité qu’il écrivait à Clément XI : « Lorsque nous fûmes ordonné prêtre, nous avons été admis à cette réunion que Vincent avait fondée et qui rassemblait tous les prêtres pieux sous sa direction. C’est lui qui animait cette sainte assemblée, et, pendant que nous écoutions avec avidité ses conférences, nous sentions se justifier en lui cette parole apostolique : Si quelqu'un parle , que sa parole soit comme de Dieu ; si quelqu'un administre, que son administration émane comme de la vertu même de Dieu [. »

Que si l’on veut un autre témoignage de l’effet produit sur Bossuet par le genre de prédication que saint Vincent de Paul avait mis en honneur et que les Missionnaires appliquaient avec tant de fruit, nous le trouvons dans une autre lettre que Bossuet écrivait de Metz, après une mission donnée dans cette ville par les prêtres de la Conférence de Saint-Lazare : « Il ne s’est jamais rien vu de mieux ordonné, de plus apostolique, rien de plus exemplaire que cette mission. Que ne vous dirais-je pas des particuliers et principalement du chef, qui nous ont si saintement, si chrétiennement prêché l’Évangile ! Ils ont enlevé ici tous les cœurs. Ayez, s’il vous plaît, la bonté de les remercier avec moi de 1 honneur qu'ils m’ont voulu faire de m’associer à leur compagnie et a une partie de leur travail. Je vous en remercie aussi \ ous-meme, et je vous supplie de prier Dieu qu’après avoir été uni

i. Bossuet, Epist. ad Clouent. XI. Œuvres complètes, tome XXVII.

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