ÉGLISE DE SAINT-VINCENT-DE-PAUL, A PARIS
Dix-neuvième siècle. — Cette église ressemble aux basiliques italiennes des premiers siècles chrétiens. A l’intérieur, les fresques, peintes par Hippolyte Flandrin, « retracent la mission de l’Eglise, symbolisée par l’enseignement de saint Pierre et de saint Paul. De cet enseignement, comme d’une source féconde, jaillissent des peuples de martyrs, de docteurs, de vierges, de pénitentes. L’artiste a représenté ces foules illustres en marche vers le sanctuaire du temple, où ils vont témoigner sur les degrés d’un autel élevé à la Charité, personnifiée dans la grande figure toute française de saint Vincent de Paul. » (H. Jouin, Les Frises de Saint - Vincent-de-Paul.)
APPENDICES
lisent dans le portrait de Simon François, dans la vivacité de ce regard et la finesse de cette bouche d’où vont sortir des paroles saintes et persuasives. Saint Vincent de Paul était alors dans la maturité de sa vie. Ce portrait, du reste, ressemble beaucoup à celui que peignit Philippe de Champagne et à celui qui a été gravé par le célèbre Édelinck.
Un autre portrait nous le représente plus âgé, plus près d’aller recevoir au ciel sa récompense. C’est une aquarelle, exécutée sans doute à l’époque de la canonisation, d’après une peinture faite peu de temps avant sa mort. Dans la partie supérieure du motif qui encadre la figure est ménagée une ouverture qui laisse paraître un cœur, tracé sur parchemin. Derrière ce parchemin est écrit cet authentique :
Ego infrascriptus sacerdos congregationis Missionis et præfectus ecclesiæ domus Sancti Lazari Parisiensis, testor et fidem facio cor rétro depictum sanguine ex præcordiis sancti Vincentii a Paulo esse intinctum. (Daudet.)
Je soussigné, prêtre de la congrégation de la Mission et préfet de l’église de la maison de Saint-Lazare, atteste et certifie que le cœur peint de l’autre côté a été coloré avec le sang du cœur de saint Vincent de Paul. (Daudet.)
L’iconographie rattache aux portraits des saints tout ce qui a rapport aux circonstances et aux événements de leur vie ; c’est ce que l’art a fait pour saint Vincent de Paul. La gravure nous montre les lieux qu’il a habités, les personnes qu’il a fréquentées, les misères qu’il a secourues, et les établissements qu’il a fondés. Elle nous conduit d’abord au village qui a été Bethléem et Nazareth pour sa naissance et sa jeunesse. Voici la maison paternelle, l’église de son baptême et de sa première communion, le grand chêne qui l’ombrageait quand il gardait son troupeau, le moulin de Pouy, témoin des prémices de sa charité. Nous le suivons ensuite dans les rudes sentiers qu’il parcourut avant d’arriver au poste que lui destinait la Providence. Nous faisons le pèlerinage de Notre-Dame de Buglose qu’il aimait; nous visitons la chapelle de Château-l’Évêque où il fut ordonné prêtre, et celle de Notre-Dame-de-Grâce où il célébra sa première messe ; puis les églises confiées à son ministère, l’église de
I/ART ET LA CHARITÉ
Clichy-la-Garenne qu’il a fait rebâtir, l’église de Folleville où il instruisait le peuple, celle de Ghâtillon -les- Dombes où il inaugura
D’après une aquarelle exécutée à l’époque de sa canonisation. Dans le dessin original le cœur représenté au milieu de la partie supérieure de l’encadrement a été peint avec le sang même du cœur de saint Vincent. Cette relique appartient à M. E. Cartier, à Solesmes.
les confréries de charité. Nous le voyons explorer les régions où s’exercera son zèle, partager l’esclavage des chrétiens en Afrique et les
APPENDICES
fers des forçats sur les galères, soigner les malades dans les hôpitaux, et enfin se mettre en rapport, par la famille de Gondi, avec tout ce grand dix-septième siècle dont il sera le bienfaiteur et la gloire.
Pour bien connaître saint Vincent de Paul, il faut le voir au milieu de cette société brillante que toute l’Europe admirait et s’efforcait d’imiter. L’humble prêtre se trouve, malgré lui, mêlé à toutes les grandeurs, afin de pouvoir soulager toutes les misères. Il nous apparaît entouré des hommes les plus célèbres de son temps, qui l’aiment et le vénèrent; Louis XIII qui réclama son assistance à l’heure de la mort, Anne d’Autriche qui l’appelle à ses conseils, Richelieu, Mazarin, le grand Condé, saint François de Sales, le cardinal de Bérulle, Bossuet, Ollier, la duchesse d’Aiguillon, Mademoiselle Le Gras, le baron de Renty; tous cèdent à l’onction de sa parole et deviennent les auxiliaires de ses oeuvres.
Le spirituel crayon de Callot nous fait connaître les pauvres vrais ou faux que saint Vincent rencontre et les misères de la guerre qu’il soulagera. Le burin vigoureux d’Abraham Bosse nous montre les seigneurs et les dames de la cour qu’il entraîne dans les hôpitaux et qu’il forme aux oeuvres de miséricorde. Ils ont encore leurs beaux costumes et leurs grands airs, mais beaucoup d’entre eux, bientôt, quitteront ce luxe et cette fierté pour se faire pauvres, afin de mieux aimer et mieux servir les pauvres.
Une gravure de cette époque constate ce triomphe obtenu sur les vanités du monde, au profit de la charité. C’est la pompe funèbre de la Mode que les dames conduisent au tombeau. Elles portent processionnellement ses atours, les dentelles, les fleurs, les éventails, les bijoux, les faux cheveux, les fourrures qu’elles vont ensevelir avec la défunte. Les hommes qui les précèdent jettent aussi leurs rubans, leurs éperons, leurs bottes, leurs panaches et leurs chapeaux dans le monument, au bas duquel on lit cette épitaphe :
Ci gist sous ce tombeau, pour l’avoir mérité,
La Mode qui causoit tant de folie en France :
Sa mort a fait mourir la superfluité Et va faire bientôt revivre l’abondance.