‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 189 sur 236 · TABLEAU D'ANDREA D E I. SARTO, AU MUSÉE DU L OUVRE, SEIZIEME SIÈCLE · texte numérisé non relu

TABLEAU D'ANDREA D E I. SARTO, AU MUSÉE DU L OUVRE, SEIZIEME SIÈCLE

Une femme assise dans un paysage tient deux enfants dans ses bras. Elle allaite celui de droite ; à ses pieds, à gauche, un enfant endormi. On lit sur un cartel : « ANDREAS SARTVS FLORENTINVS ME PINXIT MDXVIII : André Sartus, de Florence, me peignit en 1 6 1 8. » Sartus, mot latin qui signifie rapiécé ; surnom donné à l’artiste par allusion à la profession de tailleur qu’exerçait son père.

C’est en France, où il avait été appelé par François Ier, qu’Andrea del Sarto peignit ce tableau fameux. Cette représentation, expression de la seule charité maternelle, est incomplète. « L’art, dit M. Grimouard de Saint-Laurent, laisse une lacune grave quand il donne, comme étant la Charité, des représentations où il ne paraît aucune trace de l’amour divin. »

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L’ART ET LA CHARITÉ

Ce tombeau fut en effet pour saint Vincent de Paul une mine inépuisable, d’où il tira les trésors avec lesquels il put fonder des hospices, secourir toutes les infortunes, sauver des provinces, racheter les captifs, envoyer des missionnaires à tous les rivages, et créer, dans le monde entier, pour la France, cet empire de la charité, cette influence plus glorieuse et plus durable que les conquêtes et l’éclat du règne de Louis XIV. Car les saints ne meurent pas, ils ont une postérité qui continue leur vie. Où saint Vincent de Paul n’envoie-t-il pas encore ses prêtres et ses Filles de la Charité, où ne répand-il pas l’or de ses aumônes et la lumière de ses enseignements ? Son nom est connu et béni par toute la terre. Ses armées pacifiques envahissent l’Afrique, l’Amérique et les régions les plus lointaines de l’Asie, pour y combattre l’ignorance et la douleur, et y conquérir des âmes avec la palme du martyre.

Les artistes de la haine et du mensonge se lèvent contre les artistes de la charité et s’efforcent de détruire leurs oeuvres. Un des premiers effets des doctrines de 89 fut le pillage de Saint-Lazare : la veille même de la prise de la Bastille, le i3 juillet, cet asile de la prière et du dévouement fut envahi et saccagé, la bibliothèque dévastée, la chambre de saint Vincent de Paul profanée et sa statue brisée. Peu de temps après, dix de ses disciples étaient égorgés. Combien furent ensuite envoyés en exil et sur l’échafaud par la Révolution ? Mais les artistes de la charité ne se découragent pas et travaillent toujours à réaliser l’idéal divin ; ils disent à leurs bourreaux : Vous nous pillez, vous nous frappez, vous nous tuez, mais vous ne pouvez nous empêcher de vous aimer, de vous servir, de vous assister dans la souffrance, la vieillesse et la mort. Depuis la Révolution les imitateurs de saint Vincent de Paul se sont multipliés,

et jamais les œuvres n’ont été plus florissantes.

Les Saints dans l’Eglise sont les pierres de la Jérusalem céleste, qu’il faut voir à leur place pour en bien comprendre la beauté. Saint Vincent de Paul a des ancêtres comme il a une postérité. Sa charité est un rayon de l’unité infinie, et on peut l’admirer dans sa source divine, dans les Sacrements qui l’ont communiquée et dans les Vertus

APPENDICES

qu’elle a développées. Saint Vincent de Paul est un anneau de cette chaîne sacrée qui part du cœur de Jésus-Christ et qui rattache tous les Bénis du Père au trône du Souverain Juge, avec lequel ils régneront éternellement. L’art chrétien peut ainsi honorer sa mémoire en l’unissant aux souvenirs de tous les siècles.

L’époque des catacombes est représentée par le bon Pasteur qui apparaît sur un tombeau, entre deux époux chrétiens, entourés de leurs esclaves affranchis, tandis que les autres esclaves meurent sous les coups de leurs maîtres et que les gladiateurs s’égorgent pour le plaisir du peuple romain. Après Galère Maxime qui se débarrassait des pauvres en les faisant noyer, vient Constantin qui fait entrer la charité dans les lois. Au douzième siècle, des moines bâtissent à la charité des palais et les princes fondent des hospices pour le salut de leur âme et l’expiation de leurs fautes, comme Henri d’Angleterre le fit à Angers,, après le meurtre de saint Thomas de Cantorbéry. Le treizième siècle sculpte la Charité et ses représentants sur les murs de nos cathédrales, et le quatorzième l’honore par les peintures du Giotto à YArena, et de Simone Memmi à la chapelle des Espagnols. Au quinzième, brille le modèle des artistes chrétiens, le bienheureux Fra Angelico, qui mettait l’aumône au-dessus des chefs-d’œuvre, comme le dit son épitaphe composée par Nicolas V. Le peintre de Fiesole nous montre ses frères de Saint-Marc donnant l’hospitalité à Notre-Seigneur, et le diacre saint Laurent distribuant les biens de l’Eglise aux pauvres, avant d’aller au martyre. Vient enfin la Renaissance, avec ses belles figures, ses grandes compositions et sa prompte décadence.

Au dix-septième siècle, la France ressaisit le sceptre de l'art qu’elle avait porté au moyen âge. Nicolas Poussin et Lesueur n’ont pas alors d égaux, et le Bernin vint lui-même reconnaître notre supériorité. La sculpture, la peinture et la gravure nous offrent les beaux portraits des contemporains et des auxiliaires de saint Vincent de Paul, et Le Brun trace aux plafonds de Versailles des figures mythologiques qui rappellent son heureuse influence contre la fureur des duels. Le dix-huitième siècle vit canoniser saint Vincent de Paul;

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