LA CHARITÉ
Fresque de Giotto, dans l'église de \' Arena, à Padoue. quatorzième siècle. — La Charité est couronnée de fleurs; trois jets de flammes traversent le nimbe des saints qui entoure sa tête. Son visage est tourné vers le ciel ; son regard, son âme, tout son être s'élance vers Dieu; de son bras tendu, elle élève son cœur vers lui, et Dieu le prend des deux mains. Un vase chargé de fruits et de fleurs, des trésors répandus à ses pieds, marquent son empressement à secourir le prochain. L’amour de Dieu et l’amour du prochain se manifestent ici tout ensemble : c’est une représentation vraie et complète de la Charité.
AP PENDICES
mais l’art frivole et sensuel des Watteau et des Boucher n’était pas digne d’honorer sa mémoire; les peintres plus sérieux de l’école de Jouvenet, Restout, de Troy, Natoire lui consacrèrent leurs meilleurs tableaux. Puis vint la Révolution, qui ne sut faire que des ruines et des pastiches de l’antiquité païenne. Lorsque, au dix-neuvième siècle, la société fit un effort pour ne pas mourir, elle invoqua saint Vincent de Paul et glorifia ses reliques. Sa châsse est une des oeuvres d’art les plus remarquables de la Restauration.
L’Apôtre de la charité a maintenant parmi nous des artistes qui s’inspirent de sa vie et nous la montrent dans leurs œuvres, sur les murs et les vitraux de nos églises. C’est là l’espérance de l’avenir au milieu des hontes de notre époque, où des voix osent réclamer un art sans idéal et une société sans Dieu. La charité nous sauvera de ces misères morales pires que la peste et la guerre. Seule elle peut rendre à l’art ses saintes doctrines et sa noble mission. La Renaissance, pour représenter la charité, n’a su imaginer qu’un symbolisme grossier, une nourrice puissante, capable d’allaiter de nombreux enfants. Ce n’est pas ainsi que la comprenait la grande école de Giotto. La charité chrétienne est vierge, et c’est pour cela qu’elle est mère, qu’elle conçoit le Christ et qu’elle adopte tous les hommes pour ses enfants. Elle foule aux pieds les richesses de la terre qu’elle distribue aux pauvres. Elle porte des fleurs et des fruits parce qu’elle a donné tout son cœur à son divin Époux, qui la fera triompher éternellement dans le ciel. Pour les artistes, comme pour les saints, le grand art est l’art de la charité, l’art qui aime Dieu et qui veut le faire aimer.