‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 22 sur 236 · L’HOMME ET L’ŒUVRE · texte numérisé non relu

L’HOMME ET L’ŒUVRE

Le seizième siècle et le protestantisme en France. — Ravages causés par les guerres de religion. — Changements dans la société. — Accroissement de la misère. — L’œuvre nouvelle de la Charité. — Saint Vincent de Paul. — Sa mission. — Naissance et premières années. — Éducation.

e temps où parut saint Vincent de Paul était tout agité de troubles politiques et religieux. Le seizième siècle avait vu la plus grande révolution qui se fût accomplie depuis l’établissement du Christianisme. Un esprit nouveau s’était répandu dans le monde avec la Réforme, et cette nouveauté des idées allait tout changer.

Jusque-là, l’Europe civilisée n’avait connu

qu’une foi et qu’une loi. Fondée par l’Eglise et vivant de son esprit,

la société chrétienne formait comme une grande famille dont tous les

membres, avec des intérêts divers et malgré des dissentiments politiques, reconnaissaient l’autorité unique du Père commun, le Pontife de Rome.

L’Eglise alors était la vie du monde, l’Evangile sa loi. Désormais l’unité religieuse était rompue. Au lieu de ce bel ordre, la confusion allait régner dans le monde. Et ce n’était pas seulement l'Eglise qui

devait perdre son empire sur les nations et la foi son autorité sur les âmes; mais en même temps que Luther ébranlait le vieil édifice du Christianisme, il secouait aussi tous les trônes. Le même esprit de révolte contre Rome se tournait contre toute autorité. L’unité religieuse rompue, c’était une nouvelle cause de guerre entre les nations, et dans la même nation entre ses propres membres. Deux grands maux inconnus jusqu’alors naissaient de la Réforme, les guerres de religion et les révolutions; et comme conséquence des deux premiers, un troisième qui est la plaie des sociétés modernes, le paupérisme. L’hérésie portait ses fruits naturels.

A l’époque de saint Vincent de Paul, elle n’avait pas encore produit toutes ses conséquences, mais déjà le mal des esprits et le mal de la société étaient grands. Le goût du changement, la légèreté des moeurs, l’esprit d’opposition propageaient l’hérésie. La France souffrait des

fureurs de la faction protestante qui aspirait à dominer l’État. Des guerres civiles sans fin, suscitées par les dissensions religieuses, désolaient le royaume. La misère s’était développée au milieu des luttes des partis et du ravage des provinces. L’avènement de Henri IV accrut encore les calamités publiques en mettant toute la nation aux prises avec elle-même. La vieille foi française luttait contre l’envahissement du protestantisme, mais le pays n’avait pas moins à souffrir de ces discordes intestines que d une invasion étrangère. A peine la pacification religieuse était-elle achevée que la guerre civile recommençait d’une autre manière. A la Ligue succédait la Fronde.

Dauties causes concouraient a augmenter la misère en diminuant les îessources de la charité. La politique, le développement des arts et de la civilisation, 1 accroissement du luxe y étaient pour beaucoup. La transformation de la vieille société du moyen âge créait de nouvelles sollicitudes, et imposait de nouvelles oeuvres à l’Église. C’était un bien en soi que la constitution de l’unité nationale poursuivie à travers les ruines de la féodalité par Philippe-Auguste et saint Louis, par Charles VII, Louis XI et François Ier; mais cette œuvre ne s’était pas accomplie sans de grands changements pour les populations. Avec la centralisation du pouvoir et l’agglomération dans les

LES RUINES DE l’aBBAYE DE FONTGOMBAUD (iNDRE)

Pillée et brûlée durant les guerres religieuses du seizième siècle. Monument historique du commencement du douzième siècle. — Les huguenots, en détruisant les monastères par centaines, avaient tari autant de sources de charité. — Fontgombaud, après avoir au dix-huitième siècle appartenu aux prêtres de Saint- Vincent-de-Paul, est rentré aux mains des fils de saint Benoît, les Trappistes, qui y dirigent une colonie pénitentiaire de jeunes détenus.

SAINT VINCENT DE PAUE

villes, les conditions de l’industrie, du travail, de 1 existence ellemême s’étaient assez modifiées à la longue pour produire de profondes perturbations sociales. Il en résultait dans les \illcs suitout, a\ec l’accroissement du bien-être et des commodités de la \ie, une aggravation de l’indigence. Les arts avaient leur part d action dans ces changements. Si les mœurs se polissent a mesure que les arts se perfectionnent, il arrive aussi que les besoins grandissent avec les délicatesses et les raffinements de la civilisation. L’exemple de l’Italie, l’influence de ses lettrés et de ses artistes avaient développé en France les goûts dispendieux, l’amour des plaisirs, la recherche des vanités mondaines. En même temps, la découverte du Nouveau-Monde avait répandu avec abondance l’or et l’argent. La richesse générale augmentait, mais aussi le prix de toutes choses était plus élevé. Le commerce s’était développé aux dépens de l’agriculture et des métiers. A cet accroissement de la fortune et du luxe au sein des classes aisées correspondait un appauvrissement égal des classes inférieures. Jusque-là, il y avait toujours eu des pauvres, mais au seizième siècle la pauvreté apparaît en Europe avec l’or des Amériques, avec la civilisation de la Grèce et de Rome, avec la Réforme de Luther.

C’était un mal nouveau dans la société chrétienne que l’existence de classes indigentes dépourvues de moyens de vie réguliers et vouées pour ainsi dire à la misère. Le moyen âge, qui avait vu bien des maux, n’avait pas connu celui-là. Il avait fallu ce concours de circonstances extraordinaires pour le faire naître dans le cours du seizième siècle. Alors il ne faisait que commencer ; plus tard il devait s’étendre. Qu’on ne s’étonne donc point de ne pas trouver auparavant toutes ces institutions d’assistance publique qui n’ont fait que se multiplier depuis

avec les besoins croissants de la pauvreté. Ce serait faire injure à /

l’Eglise, pour louer mal à propos un de ses saints, que d’attribuer à Vincent de Paul l’invention de la charité; ce serait en méconnaître la divine origine et les œuvres innombrables qui sont la gloire des siècles chrétiens. La charité n’est pas nouvelle dans l’Église; il ne faut pas lui chercher un commencement ni la rattacher à un homme. Elle est née avec 1 Évangile et a pour auteur Jésus-Christ. Quoique saint

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