‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 31 sur 236 · LA FUITE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

LA FUITE EN EGYPTE

Miniature commandée par saint Vincent de Paul, pendant la guerre de Lorraine, à Frédéric Brentel, peintre strasbourgeois, pour être offerte à un membre de la famille des Commet. Dimensions de l’original. La légende placée au bas : « Aimez Dieu et votre prochain », résume la doctrine de la charité. — Communiquée par M. Benjamin Fillon, à Saint-Cyr-en- Talmondais (Vendée).

Voici la lettre d’envoi qui accompagnait cette miniature :

« Monsieur,

« Je vous envoyé par l’occasion de M. Touschard, qui se rend à Acqs, le petit tableau que j’ay commandé à monsieur Brentel faire à vostre intention. Le présent est de peu de conséquence; mais j’ay espérance que le tiendrez de quelque prix, venant d’une personne qui est de si longtemps le tant obligé de vostre maison. Le voyant devant vos yeux, n’oublirez en vos prières le plus humble de vos serviteurs.

« Vincent DePaul.

« De Paris, ce 16 aoust i636. »

LA VOCATION

ses discours que son mari me dit le lendemain qu’il ne tenoyt qu’à commodité que nous ne nous sauvissions en France; mais qu’il y donneroyt tel remede, dans peu de temps, que Dieu y seroyt loué. Ce peu de jours furent dix mois qu’il m’entretinst dans ces vaines, mais à la fin exécutées espérances, au bout desquels nous nous sauvâmes avec un petit esquif, et nous rendismes le vingt huictième de juing à Aiguesmortes, et, tôt après, en Avignon, où monseigneur le vice-légat receut publiquement le renegat, avec la larme à l’œil et le sanglot au gosier, dans l’église de Saint-Pierre, à l’honneur de Dieu et édification des spectateurs. Mondict seigneur nous a reteneu tous deux pour nous mener à Rome, où il s’en va tout aussitôt que son successeur à la triene (terme de trois ans) qu’il acheva le jour de la S1 Jehan, sera veneu. Il a promis au pénitent de le faire entrer à l’austere couvent des Fate ben fratelli , où il s’est voué, et, à moy, de me faire pourvoir de quelque bon bénéfice.

Cette relation si modeste, remarque un historien, est tout ce que l’on a su par saint Vincent de Paul de sa captivité de deux ans chez les Barbaresques ; encore n’a-t-il pas tenu à lui qu’elle ne disparût Mais dans ce peu de mots, où il a omis tout ce qui pouvait être à sa louange, on devine le reste. Avec quelle résignation il accepte cet esclavage dont il n’a l’espoir d’être délivré que par l’assistance de Dieu et de la vierge Marie ! avec quelle patience il vaque aux durs travaux que lui a imposés son nouveau maître ! Ce zèle à encourager à la patience et à la résignation ses compagnons de servitude, ce sont les prémices de sa charité ; ce récit qu’il « faict de nostre Dieu » à la femme de son maître, ce chant des psaumes inspirés de la captivité de Babylone, c’est le commencement de son apostolat. Dieu permit que Vincent passât par ce dur esclavage pour qu’il y connût par expérience les misères des chrétiens captifs et les dangers de la domination musulmane pour la foi. Plus tard, il enverra à Tunis et à Alger ses premiers missionnaires, et les disciples de l’esclave de l’infidèle ouvriront les plages barbaresques aux flottes de Louis XIV et à la civilisation chrétienne.

Vincent ne songeait pas encore à étendre son zèle si loin. Délivré de captivité, il avait à pourvoir à sa propre existence. La nécessité, l’honneur de sa famille et de ses amis lui firent rechercher la protection du vice-légat, qu’il avait rencontré à Avignon. Si à cette époque, et même un peu plus tard, le désir d’un bénéfice ecclésiastique perce dans les lettres du pauvre prêtre à son bienfaiteur, M. de Commet, c’est

que, chargé de dettes et sans moyens d’existence, il ne voulait pas être à charge aux siens. Peut-être verra-t-on dans cette sollicitude quelque chose d’humain qui surprendra chez ce héros de la charité. A incent de Paul n’était point encore arrivé à ce degré d’éminente vertu où l’homme, détaché de tout, s’oublie au point de ne plus vivre qu’en Dieu. Il lui restait encore un pas à faire dans la perfection, pour s’élever complètement au-dessus de lui-même et atteindre à la sainteté qui est le prix de l’effort, la victoire de la grâce sur la nature

Toutefois, cette préoccupation que Vincent montrait d’un bénéfice, auquel il pouvait prétendre, n’avait rien que de conforme à la volonté de Dieu. En attendant que la recommandation de son protecteur, qui estimait sa vertu et son savoir, lui procurât une condition honorable en France, il continuait tranquillement ses études à Rome, laissant faire la Providence.

Embellie par la munificence des papes, illustrée par le génie des arts, Rome offrait au monde les merveilles d’une civilisation renouvelée de la belle antiquité. L’humble prêtre ne les vit guère, tout occupé qu’il était des souvenirs chrétiens. « Je fus si consolé, écrivait-il, de me voir en cette ville maîtresse de la chrétienté, où est le chef de l’Église militante, où sont les corps de saint Pierre et de saint Paul, et de tant d’autres martyrs et de saints personnages, qui ont autrefois versé leur sang et employé leur vie pour Jésus-Christ, que je m’estimais heureux de marcher sur la terre où tant de grands saints avaient marché et que cette consolation m’attendrissait jusqu’aux larmes. » Mais \ incent, qui n’avait d’yeux que pour le tombeau des apôtres et le Colisée, ne fut pas cependant un de ces censeurs rigides qui blâmaient les papes d’avoir fait briller dans la Ville éternelle la lumière des arts a côté du flambeau de la foi; le luxe de la cour romaine qui avait scandalisé les prétendus réformateurs, ne l’empêcha pas davantage d être, au milieu des préjugés gallicans de son siècle, un croyant soumis à 1 infaillibilité du Saint-Siège. Chez lui la plus sévère vertu avait pour limite un bon sens qui le préservait de toute exagération et un respect de 1 autorité qui ne laissait point de place à la critique.

Cependant la Providence le détachait de plus en plus de lui-même.

LA VOCATION

en ne permettant pas qu’il obtint ce qu’il desirait. Plusieurs contretemps rendirent la bienveillance du légat Montorio inutile; Vincent ne put obtenir le bénéfice que ce protecteur sollicitait pour lui. Dieu se chargea de le ramener en France d’une autre manière.

En ce moment-là, Henri IV poursuivait à Rome la réalisation des

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